• elle ne m'oublie jamais... prend négligemment son rendez-vous, sans que je l'y convie, épie sans aucun complexe  les moindres de mes soupçons. Me prenant par l'épaule, elle me perd dans les forêts, les plaines et les montagnes. La fragilité !!!  la fragilité !!!  quelle puissance de déraisonnement,  quel vertige d'instabilité... quelle vitalité créative,  quelle détermination élémentaire... 

    Je ne peux vivre sans elle... elle ne peut grandir sans moi... Je suis l'arbre qui attend l'oiseau... elle est l'oiseau qui part et qui revient sans explication...  je suis la racine qui marche immobile,  elle est la sève entre ciel et terre...  je suis la fleur qui fâne, elle est la graine qui s'égare... je la crois loin de moi, alors qu'elle me tient fermement la main... Sans elle je ne vois  rien...  elle est ma voix qui parle aux étoiles... elle est ma main qui prend le pinceau, elle est mon regard qui découvre la pureté des couleurs... elle est le nuage dans ma tête, la forêt dans mes pieds, l'oiseau dans mon sang, la délicatesse que je cherche inexorablement dans chaque coup de pinceau... elle est le vide que je ne suis pas encore,  elle est  le plein que je vide sans cesse...

     

     

     

     

    pierre à encre

    le tout nouveau pinceau

    ignore le goût de l'encre

     

     

     


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    variation d'automne

    j'habite ce soir ces couleurs

    sans encre ni papier

     

     

     

     

     

    couleurs en éclipse

    derrière les arbres

    d'autres chutes de feuilles

     

     

     

     

     

     

     

     

     



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    reprenant leur ascendance

    dans la splendeur des vagues

     

     

    abandonnant leur injonction dans la souplesse de l'air

     

    visibles et   invisibles

     

    ils nous survivront.....

     


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  • depuis de nombreuses nuits, d'inflexibles insomnies harcellent  mon  sommeil... La fatigue accumule mes incohérences  et  ronge mon bon sens... ce problème  récurrent de manque de sommeil, sonne toujours au moment où je reprends courage, comme si paradoxalement mon esprit ne s'accordait pas le droit d'apprécier ces débordements de vitalité... la montée d’adrénaline empoisonne mes veines et mes nerfs, et le sommeil attend au bord de mon lit que je veuille bien l'accueillir... je le sens si proche et totalement inaccessible que j'en perds lentement patience... Viennent alors les questions  avec et sans réponses, viennent aussi les larmes refoulées par trop de choses non exprimées, suivent ensuite, les tremblements,  les peurs inaltérables, les doutes ravageurs... les tsunami dévastateurs...


    et je continue à grandir !!!

    Les nuages  empesés  se fracassent désespérément sur le versant de la montagne,  déchargeant au contact de ces remparts inviolables des quantités démésurées d'eau potable. Les sentiers se transforment en ruisseaux, les chemins en rivière...

     Déséquilibré par l'acharnement de cette pluie torrentielle, le cèdre, confus, concède avec résignation, un degrès de plus d'inclinaison... Dans un dernier effort de solidarité, la brume tente de le soutenir...

     Derrière lui c'est le néant, le vide, la page blanche...

    Le vent se lève et pourtant rien ne bouge...  tempête immobile...  tempête intérieur... suis-je dedans ou dehors ?.. j' oscille sans tomber...

    Rangés sur la table, les pinceaux  reposent solennels à côté de la pierre d'encre...  Fidèles ils me suivent là où je vais, accompagnant, chacune de mes errances... Aujourd'hui, je les regarde, comme s'ils m'étaient devenus étrangers...  attendant  simplement que  la conversation reprennne entre eux et moi...


     

    derrière le cèdre
    la brume ouvre
    une  page blanche

     

     

     

    dernier effort de solidarité
    la brume soutient
     le cédre penché

     

     


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  • pinceau en poils de loup

    un peu de mémoire sauvage

    accroche la noirceur de l'encre


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  • silencieuse

    cette prière

    au bord de l'eau

     

     

    grenouille


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  • vent froid

    passant le col

    avec nous

     

    gelinotte des bois

     

     



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  • clair de lune

    à la grandeur du cèdre

    mon ombre se cache


     

    paruline jaune

     



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  • puis chaque goutte de pluie

    rend à la terre

    ce qui lui appartient

     

     

     

     

    western grèbe


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    un chef d'oeuvre à part  entière, un monument de vie, de désir de plaisir, de rire, de pleur et de douleur et dans cette vie là, rien est fait à moitié...  Construit à la manière d'une tragédie grecque, le film pénètre nos cellules, nos muscles, nos coeurs et nos cerveaux, broyant nos certitudes, pulvérisant nos retenues, électrisant tout le reste sans ménagement. Le jeu bouleversant des acteurs, les vibrations tour à tour enjouées et tristes du bluegrass  vont nous chercher aux tripes. Et les tripes chamboulées nous voilà réfléchissant de manière décalée sur la condition humaine, dans un accrochage singulier entre émotion et raison.


     

     

     


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  • ce petit clin d'oeil qui vient de cette femme que j'ai appris à connaître à petits pas, parce que les grands n'étaient pas nécessaires, ni pour elle, ni pour moi...

    à cette femme, qui regarde les choses avec une telle simplicité que cela me déconcerte... à cette femme, que j'ai vue filer la laine avec une telle adresse que j'en suis restée sans voix... Elle, riche en beauté, et en modestie, elle, dont le compagnon est poète, oublie un peu trop que la poésie l'habite sans condition.

    Nous partageons la même sensibilité pour les haïku avec le même détachement, le même regard dénué d'intérêt,  avec la même envie d'écrire, de penser, d'essayer, de découvrir la magie des mots et la force des silences, sans contrainte.

     

    du cèdre qu'elle a vu penché, s'inclinant lentement vers son destin,  à son épicéa gardant son poulailler,  elle a réuni quelques mots, pour rapprocher deux arbres éloignés l'un de l'autre, dans une proximité colorée et parfumée de résine...

     

    Merci Véronique .

     

    anna

     

     

    le frêle épicéa du poulailler

    cousin lointain

    du cèdre penché

     

    Véronique

     

     

     

     

     


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  •  

     

    ... je le vois, je le regarde, je l'observe, je le touche...  je sens sa chaleur, sa froideur, sa rusticité ostentatoire... Depuis quand veille t-il sur moi et m'éveille t-il un intérêt quasi monacal ? Dans sa solennelle présence, le mur recueille sans méfiance toutes les fréquences, qui le traversent... Vieux, sans âge, puisque je ne lui en connais pas, il  se tient là depuis si longtemps, qu'il ne sait plus qui l'a bâti... Ouvrant la porte de la cuisine, un courant d'air décroche une vieille carte postale. Son empreinte dévoile la profondeur d'un ocre qui n'a pas vu de soleil depuis de nombreuses années. Sur ce torchis vernaculaire, court, et se rencontre une gamme inouïe de nuance... À la lumière changeante  de la journée, il convertit les couleurs en force et expose de nouvelles eurythmies... pour quelques variations...
    Ses renfoncements, ses irrégularités appellent l'ombre des imperfections et renvoient la lumière des ondes pénétrantes. Prisonniers du mur, les infrarouges attendent la nuit pour se travestir en halo électrique...  Entre les louches et les cuillères en bois accrochées au mur, une araignée a élu domicile. Sa toile immense voile le destin de l'oblique rayon courant insousciant sur le jaune un peu fatigué de la cloison... et je suis en face, tenant mon pinceau imprégné de noir... au dessus du washi blanc... cherchant cet éclat éblouissant, cet impénétrable wabi sabi qui me donneront toutes les nuances, toutes les émotions du vieux mur assagi, pour guider ma main suspendue...

     

     


    emportant les couleurs de la carte postale
    un malheureux
    courant d'air

     

     


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  • ce sont les nuits que j'aime le plus... lorsque le silence se fait tel, que j'arrive à l'embrasser... lorsque la lune pleine, s'enfile dans le moindre recoin du sous bois, ne laissant rien au hasard prospectant le moindre soupçon de ténèbre... lorsque le cèdre  penché prend son air obscur des jours d'angoisse, et que son inclinaison change l'horizon... lorsqu'à chacune de ses  destabilisations, son allure évoque quelque chose d'autre qu'il me reste à comprendre... La nuit retient les formes, les absences, les lumières et les couleurs, elle ne lâche aucun mystère, attend tout simplement les lueurs de l'aube pour me redonner un jour sans équivoque... une vie avec et sans secret...

     

    Voilà, plus d'une semaine, que je suis revenue vers cette montagne, ventre et centre de mon esprit... voilà huit jours, que je n'ai touché personne mis à part,  le chien de la maison, l'âne vieillissant, la chatte maternant et  les poules bavardes... voilà huit jours que je converse avec les tomates rouges, jaunes, noires et roses que j'ai plantées au printemps...  voilà huit jours que je dialogue avec les poissons du bassin, que je devise avec les noisettes et les pommes que je ramasse, que je m'entretiens avec les haricots que je cueille... Voila huit nuits, que le passage des chouettes, apportent à mes nuits une note de vérité... me rappelant dans le plus pofond de mon sommeil, que je suis là, dans le ventre de la montagne, à l'interieur des arbres, sous les mousses et les lichens...

     

    chaque jour, je me charge et me recharge  de cette solitude et je me sens de mieux en mieux, chaque jour je sors de mon lit en regardant le jour se lever avant de me remettre au boulot... travaux de jardin, de coupe d'herbe, de ramassage de fruits précèdent le travail intelectuel de l'après-midi... le rythme est donné, il me suffit de m'accommoder de ce qui m'est offert. Mes journées se déplacent ainsi dans le temps, discrètes et silencieuses, évitant de déranger l'ordre des choses...

     

    et puis de temps à autres je me remets au goût du jour... Les infos arrivent malgré moi, sur mon espace virtuel... et je ne peux ni ne veux  les esquiver...  Le chaos s'empare alors de mes dernières résistances et je me fracture en mille morceaux... les larmes suivent désespérément  le cortège d'ignominie qui s'étale devant moi...

     

    puis, je laisse aller, ce qui doit aller... Je redeviens farouche, sauvage, rugueuse... recommençant encore et encore à chercher l'équilibre du temps, la force de sourire, de rire, avec les simples de mon existence...

     

     

     

    sans route ni trottoir

    le chien pisse dans le vide

     

     


     


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  • et des nuages hier soir

    j'ai vu sortir

    un singe

     

     

     

    そして雲に抜けて私が猿の外に見た昨晩

     


     

     


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  • Ciel blanc ce matin, le cri d'alarme d'un pic noir traverse la vallée... cela faisait un bout de temps que je ne l'avais pas entendu celui là... Alors que le mois d'août est un mois de labeur et de retrait pour les oiseaux, certains lèvent le défi, et manifestent leur volonté d'être et de rester là où ils sont...

     

    Des Alpes françaises aux Alpes italiennes, mes pas ont foulé les fleurs et les sentiers d'altitude tout juste impressionnante... J'ai vu des choses étonnantes... Des forêts entières capables d'avaler des montagnes... des abres, d'engloutir sans ménagement des rochers grands comme des maisons... des mousses, de s'accumuler les unes sur les autres, accrochant à la moindre surface susceptible de les porter ou de les entretenir, leurs microscopiques amarres... Éponges parmi les éponges elles filtrent et engorgent avec soin tout le surplus d'eau retenu entre les racines... Cachées derrière toute cette splendeur de vie, j'ai découvert des cascades à faire pâlir les plus grands peintres de sumi e... des trous d'eau aux profondeurs vertigineusement bleues... des glaciers désespérément magnifiques.  Je n'avais jamais poussé ma foi des montagnes jusqu'aux Dolomites. Ce nom résonnait dans ma tête depuis mon enfance comme un sanctuaire de l'impossible ascencion... Et je me suis laissée conduire tanquillement vers ces monolithes de calcaire, comme si le temps était enfin venu pour cette aventure là... comme si le temps organisait à ma place mes itinéraires initiatiques.

     

     

    devant - derrière

    nos pas se croisent 

    avec beaucoup de fatigue

     

     

    silencieux

    son appareil photo

    au paysage sans parole

     

     

     

    vent froid

    passant le col

    avec nous

     

     

     

    aussi haut !

    les étoiles ont du mal

    à se cacher

     

     


     


     

     

     



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