•  

     

    sans humeur

    ni bonne ni mauvaise

    je m'inscris dans le temps avec une lenteur méticuleuse

     

     dans la yourte le poêle a repris un peu de service

     

    sans lune sans bruit sans vent

    la nuit déplie sa face obscure

     

    encore et encore

    obstinément

    mes illusions se métamorphosent

    en chimères perdues

     

    enlevant les ponctuations de mes rêves

    les majuscules de mes angoisses

    le texte nu

    délivre

    sa chair

    sanglante

    aux saisons fatiguées 

     

    et ce silence qui inventorie les absences

     

    rien que des murmures 

    des lamentations

    des rumeurs

    déjà oubliés

     

    puis de rien

    la colère assiège mon sommeil

     

    en otage

    je serre ma dernière arme sur mon cœur

    encore chaud

     

     

    et ce silence

    qui devient trop silence

    consume les songes de la montagne

     

     

    sans bruit

    sans vent

    sans pluie

     

     

     

     

     

     


    1 commentaire
  •  

    terre de ces peuples inconnus, je te tourne et retourne avec pudeur vers une nouvelle saison, te visite en surface pour connaître ta fertilité.

    Ton odeur féconde n'apaise guère  mes incertitudes chroniques  contractées au fil du temps.

    Le soleil brutal de ce printemps bien trop chaud  t'accable franchement, plongeant les touts petits et les rampants plus loin dans tes moiteurs cachées. 

    Trente cinq ans déjà, que tu glisses entre mes doigts fatigués, me livrant chaque année davantage à mon incontournable destin

    C'est à genoux que je te soigne implorant ta connaissance

     et t'imagine m'observant à ta manière

    avec l'inconstance des  grands Sages.

     

    glissant entre mes doigts

    oh terre de mon jardin

    avec cet étrange vent chaud

     

    aujourd'hui c'est le bleu du ciel, qui m'effraie...

    son éclat acharné me rappelle l'inquiétude de cet avenir désorienté...

    C'est ainsi que la beauté avec ses allures de paradis, adopte son genre cruel, son élégance dissidente, son arrogance meurtrière.

     

     

    dans les rues

    les  enfants de ce monde hurlent leurs rêves

    affolés par  leurs cauchemars

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

    De l'autre côté de la montagne, le soleil décroche son dernier rayon de la journée.  Je m'absente de mon travail et emprunte à la forêt un peu de sa beauté.

    les gouges de sculpture se résignent à l' instant.

    de l'autre côté de mes pensées se dérobent mes obsessions. Sans le savoir, de l'oiseau de rivage observé, à mon morceau de bois à peine façonné se trace un chemin clandestin.

    rien ne bouge, le silence est presque parfait.

    mes mains se crevassent, mes ongles se fendent, mes doigts s'épaississent.

     

    Aux yeux ouverts, flocons de neige et pétales de prunelliers se mélangent provisoirement dans un concentré d'illusion.

    Un doute d'éternité, une attente peut-être, s'éclipsent devant la fenêtre.

     

    qui me contrôle ? qui m'ignore ?

     

    aux cheveux ouverts jusqu'à la taille

    en une fraction de temps

    rassemblés en chignon

     

    l'habitude

    le geste

    tout devient monochrome

     

    au fond du couloir

    les fantômes s'embrassent

     

    leurs mains se tendent

    je tourne la tête

     

    reprends les gouges

    et laisse filer le temps

    sans moi

     

     

     

     


    votre commentaire
  • viens

    il est temps de rentrer

     

    l'enfant que j'étais

    pousse la femme que je suis

    vers la beauté brutale du crépuscule

     

     

     


    2 commentaires
  •  

    fragments de terre

    fragments de mer

    je trie mes vêtements d'hiver

     

    et le sourire de cet arbre

    au sommet de la montagne

     juste pour l'image

     

    il va souvent de part le monde

    de la mare au jardin

    convertissant le temps en poèmes

    et les poèmes en poussière

    le vieux crapaud

     

    mes mains lui ressemblent

    mais en vain

    sa sagesse me reste inaccessible

     

     

    le monde provisoire

    tremble

    se déplace, migre, s’éteint

    l'éternité est là pourtant

    dans ces étoiles d'hiver

    où nul n'accède

     

     


    votre commentaire
  • j'écoute la montagne

    qu'ai je à craindre ?

    elle retient  derrière la fenêtre

    les limites du monde que je ne connais pas

     

    demi-jour

    ce ciel usé par les tempêtes

    métamorphose mes doutes

    conduit mon cœur vers un silence qui vient de la forêt.

     

    je me rêve oiseau

    sans connaître l'arbre sur lequel

    je me pose

     

     remontant de la vallée

    le vent de fin de journée

    s'arrête devant ma porte

     

    en tribut

    je lui murmure

    un poème de Wang Wei

     

    en retour

    à l'aube

    les  sommets m'apporteront

    leur odeur

     

    nous sommes faits de tant de mystère

    qu'ai je à regretter ?

    il me suffit de planter quelques arbres de plus

    en oubliant d'attendre

     

     

     

     

     

     

     


    2 commentaires
  • il va de ses tresses noires retenues par des rubans multicolores

    de ses yeux plus sombres que les ténèbres

    une étincelle de vie sortie des mers et des montagnes

    transie de froid

    l'enfant ne voit rien n'entend rien

    elle ne respire que cette immensité qu'elle désire devant elle

    laissant à son ombre blessée le soin d'effacer les folies meurtrières...

    je la regarde jusqu'au bout du chemin

    disparaître

    engloutie par autant de bruit que de silence.

     

     

     

    -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    extrait d'un article de Médiapart:

    Aide aux migrants: jusqu'à 4 mois de prison ferme pour les «7 de Briançon»

    « On ne va pas se laisser faire, on va faire appel », réagit auprès de Mediapart Benoît Ducos, un ancien pisteur-secouriste de 42 ans, parti en maraude tout l’hiver dans « sa » montagne pour éviter que des migrants, des femmes et des enfants, lancés depuis l’Italie, se perdent sur les sentiers enneigés avant d’arriver jusqu’au refuge de Briançon.

    « L’enjeu de ce procès était de savoir si la justice venait confirmer l’engagement de l’État aux côtés des identitaires, contre les solidaires et contre les migrants, poursuit-il. On a la réponse. C’est un grave signal envoyé à la société française : le tribunal fait le choix de la mort. En ce moment, à Briançon, des gens continuent de franchir la montagne par des nuits très froides, à moins 15 degrés déjà. Dans le même temps, nos signalements récents au parquet pour dénoncer le comportement de certaines forces de l’ordre, des gens pris en chasse et mis en danger, sont balayés. » Sollicité par Mediapart, le procureur de la République, Raphaël Balland, n’a pas encore retourné nos appels.


    votre commentaire
  • chaos, comme toujours, tu es là, sans haine sans résistance,  sans peur, sans passion... Tu es là, normalement là, tout en désordre, et c'est ce que notre ignorance te reproche...  Tu vas tu viens, inaccessible aux humains... Sans médire, sans prédire tu n'as cure des agitations désordonnées qu'une société désespérée dispose provisoirement hors contrôle. Inconditionnel à l'ordre établi, tu négliges toute souveraineté.  Tu te tiens là entre chien et loup, au bord du monde, sans notion de temps, sans volonté d'espace. Tout bouge, dans ton immobilité fossile. Tu perds et prends vie avec raffinement. Rien ne t'affecte, tu es chaos et tu resteras chaos. La guerre t’indiffère, la paix te désintéresse. Tu es la naissance du monde et bien sûr tu en es sa fin. Qu'importe le changement à suivre, cette connaissance nous reste inaccessible... et c'est pourtant tout ton mystère qui guide notre unique raison de vivre ...

     

    la lune en son croissant

    décroît ce soir

    en plein vent

     

     


    votre commentaire
  •  

    les jours dévorent le temps, alors que tout semble s'organiser avec soin pour un avenir de plus en plus incertain

     

    un sentiment étrange me serre le ventre

     

    pourtant

     

    de l'été

    il  reste dans le jardin

    toutes les graines promises

    à l'éternité

     

     

    entre automne et hiver

    le petit atelier, lui même, 

    se tient au calme

     

     

    de l'Ouest

    il me vient un vent

    presque froid

    d'un jour familier

     

     

    tombant au sol

    les pommes de pin

    ont entrepris un long voyage

    vers le futur

     

     

    en nuit pleine

    l'appel d'un renard

    pas si loin du poulailler

     

     

    C'est ici que  la Beauté du monde me tient en otage

    C'est ici que l'effacement du monde relâche un peu sa tension

     

     

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

    jours sans fin

    s'isolent les uns des autres

    sans direction

    le coeur presque soulagé

     

    il pleut

    encore

    il pleut

    toujours

     

    la montagne enseigne de nouvelles règles

    les sources gonflent les rochers

    les rochers deviennent torrents

     

    d'une marche à l'autre

    de l'escalier en pierre

    de petites chutes d'eau

    miniaturisent le monde

     

    toutes ces nuances de gris

    que rien n'arrête

     du ciel à la forêt

     

     

    rien est rançonné

    ces alternances de couleurs

    séquestrent mon âme conquise

     

    fuite d'eau

    un seau de plus à vider

    du coté du poêle

     

     

    il me semble que même mes rêves prennent la couleur de la pluie

     


    votre commentaire
  •  

     

    l'arbre s'empare de la lumière, la terre de ses ombres fertiles

    le temps est un  caniveau perdu dans l'espace

    l'espace une notion qui sombre en friche

     

    le brouillard empoigne le maquis

    personne n'y entre

    personne n'en sort

     

    simplifiez vous la vie en mode sans contact

    et les fantômes se glisseront  dans vos têtes


    chaque nuit dans la vallée

    quand les lampadaires s'allument

    les mystères se lèvent plus tôt qu’ailleurs,

    volent  notre folie

    l'abreuvent, l'assoiffent

    la nourrissent, l'affament

     

     c'est tellement facile de dire n'importe quoi

     

    une goutte de pluie c'est tellement puissant....

     

     


    votre commentaire
  •  

     

    2 août 1914

    ses premiers cris de nouveau né

    ont traversé le champ d'une bataille tout juste gagnée

     

    ma grand mère le tenait encore entre ses cuisses

    lorsque mon grand père revêtit son horrible uniforme de poilu

     

    mon père cria et hurla sa rage et sa faim

    le sein de ma grand mère en resta désespérément vide

     

    ce mois d'été fut triste et sans lumière

    ma grand mère arpentait son village sans relâche

    vendant tout ce qu'elle avait pour quelques gouttes de lait

     

    on lui en fit  le reproche bien des années après

    la suspectant des pires actes

    tant réprimés par sa religion dépourvue d'esprit

     

    mais moitié bigote moitié rebelle

    elle avait pris l'habitude d’immerger  ce malentendu

    dans l'eau douteuse des bénitiers de son église de campagne

     

     et de continuer son combat au dessus du berceau

     

    c’était un tout petit bout de femme

    au chignon désordonné

    courant sur le pavé rugueux d'un village

    ordinairement méchant

     

    serrant ses poings sous son tablier usé

    pour dissimuler sa honte, 
    et empêcher que la colère ne caille ce lait si mal acquis

     

    elle savait

    avec son courage de guerrière

    voir au delà de l'horreur 

    voir au delà du déshonneur

     

    et je l'ai connue

    tant d'années après

    douce et sauvage

     

    avec ce regard infiniment bleu

    farouchement lucide

    qu'un souvenir funeste

    par jour d'orage

    endeuillait clandestinement

     

    ma grand mère

     

     

     

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

    et toi tu l'as suivi,

    sans rien dire, sans bouger

    jusqu'au bout du monde

     

     

     d'un pôle à l'autre

    tes battements d'ailes forcent les tempêtes

    quelques grains de sel

    sur tes plumes délavées

     

    tu l'as suivi

    ce temps qui ordonne ta vie

    sans que nous ne comprenions pourquoi

                        et

    tu es déjà en train de disparaître

     

    la mémoire de ceux qui oublient

    te rangera dans des livres savants

     

    d'autres célébreront tes prouesses de voilier, de marin

    souvenirs risqués d'un temps provisoire

     

     

    mais sans toi

    le temps titube

    l'espace transhume sans fin

     

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  • c'est mon âme qu'ils ont prise

    mon cœur traîne sur un lit défait

    et je ne dors toujours pas...

     

    dépression alternative

    les vertébrés disparaissent

    la montagne reprend ses couleurs pour l'hiver

    la forêt ses mouvements secrets....

     

    comme des notes frappées avec rage

    la pluie contre les carreaux embués...

     

    la vallée s'agite sous la brume...

     

    par delà l'agonie des étendues insoumises

    la perte de mon peuple sans étoiles, sans nuages

     

    encore une bûche dans le poêle

    et l'odeur puissante du chien trempé près du feu...

     

     

    sur le lit défait traîne mon cœur errant

    et je ne dors toujours pas

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

    20 août 2018, la chaleur referme la forêt et le jardin. Toutes deux  résistent péniblement à cette torpeur menaçante. Assise devant la table de travail, mes pensées s'allongent indéfiniment vers l'absurde. Ici, même le silence est au ralenti. Seul le vol d'un papillon en fin de vie agite l'espace immobile. Devant ma porte, les trois poules plutôt vagabondes de la maison tentent une conversation hasardeuse, mais je ne trouve aucune réponse à leurs questions. le papillon, un tabac d'Espagne, se pose soudain sur mon écran. Le chien nordique transpire bruyamment. De longues traînées de salive témoignent de  sa souffrance à supporter ces étés sans fin. Nous sommes tous deux originaires de pays froids, migrants sans frontière, sans confins, sans contrôle.

    J'attends la nuit... Le chant des étoiles que la brise nocturne et les grillons d'été colportent avec un étrange mystère, nuance mes inquiétudes. Profonde et infinie, elle éveille une fascination débordante pour les constellations, les galaxies, les trous noirs et tout ce dont nous ignorons encore de notre univers... quelques quatre vingt quinze pour cent de ténèbres.

    La nuit ne dispose d'aucune solution aux défaillances de notre planète, aucun entracte, à la dégénérescence de nos actes, aucune alternance à notre barbarie.

     

     

    Reviennent soudain, comme un rappel à l'essentiel, ces ailes de papillon battant l'air contre la vitre, sans que rien ne change....

     

     

     

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique