•  

    lorsque les heures s’effacent

    le rouet prend la relève du temps

     

    le fils se construit lentement

    autour d'une cadence

    d'un chant

    de tout ce qui me manque

     

    je n'ai pas de clan

    je n'ai plus d'ancêtres

    je n'entends plus le verbe de ma mère

     

    orpheline

    je me glisse sans bruit

    dans ma montagne, dans  ma forêt

     

     

    mon refuge

     

     

    et le rouet reprend son rythme

    la bobine enfle de ce fil

    si fin

    si régulier

     

     

    pour tous les dieux de la montagne

    il n'a pas encore atteint

    la perfection

     

     

    le cri

    d'un pic noir

    et un second

    en réponse

    pour me dire

    qu'il me faut

    encore

    et

    encore

    tenir

    sans relâche

     

     

     

     

     


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  • Un monde de plus s'en va, sous nos regards inquiets. La tête pleine de doute, le cœur gonflé de larmes, hier, aujourd'hui et demain, ont asséché assèchent et assécheront davantage mes quelques rares espoirs enfouis.

    Dans ces montagnes où le vent exige de la terre toute la  retenue dont elle se sait capable, où le temps répudie chaque instant contrôlé, où la pluie résonne comme un appel à la mémoire, je me sens en cette fin d'été terriblement démunie.

    C'est une évidence notre monde délétère doit s'effacer. OUI, mais à quel prix ?

     

    Je me rappelle de mon père, me tenant la main pour m'aider à gravir les sommets les plus hauts des montagnes enneigées et des glaciers dont je mémorisais si mal les noms, mais je le suivais avec cette passion et cette folie qui nous entraînaient toujours ailleurs.


    Je me rappelle des yeux de ma mère, pleurant en silence les morts d'une guerre qu'elle n'avait jamais comprise.

    Il m'arrivait de pousser la porte de la cuisine où elle besognait sans bruit.  Courbée vers la fenêtre pour y voir plus clair, son dos faisant obstacle à son chagrin, elle se retournait à mes pas, ses yeux immensément gris, rougis de toutes ses absences qui brisaient son cœur.

    Elle, qui avait subi un interrogatoire à la Gestapo alors qu'elle cachait mon père, et que son propre père et ses frères venaient de mourir, avait aidé un jeune allemand à fuir, avait nourri les prisonniers français avec sa mère, qui à force de voir ses enfants disparaître plongeait lentement dans la folie.

    ... avait tout juste vingt quatre ans... lorsque mon père déterminé, la guerre enfin terminée, déminait les bombes abandonnées sur les routes de leur village.

    De mes parents, j'ai hérité leur courage, mais aussi  leur peur et  leur chagrin.

    Je me souviens de ma sœur, de ses très longs cheveux auburn et de sa poupée en chiffon que nous nous partagions, de nos trop rares complicités et de nos trop fréquentes disputes... Nos chemins se sont séparés, pour mille raisons que nous peinons à comprendre, mais peut-être que  nous ne pouvions simplement plus  voir dans le regard de l'autre, l'histoire de nos parents. Peut-être qu'aujourd'hui nos pas se croisent et se confondent dans le cimetière où ils reposent, sans que nous nous rencontrions.

    Chaque guerre déclarée, chaque exil imposé, arrachent à mes songes ces cauchemars que je n'arrive pas à affranchir de ma mémoire...

    Une guerre, un conflit, des affrontements, condamnent des générations entières à des désenchantements imprévisibles

     

    Les humains sont maudits...

     

     

    Par la fenêtre de mon atelier brille un soleil de fin d'été.

    Rien ne bouge.

    Sans mouvement les arbres attendent les heures plus douces pour frémir de soulagement.

    La laine filée bouillonne doucement dans son bain de teinture aux fleurs multiples cueillies dans mon jardin.

    Les oiseaux, après le dur labeur du printemps et de l'été, reviennent vers la maison et la caravane. Ils savent qu'ici le monde a cessé de suivre les turpitudes insensées.

    Ils savent tant de choses que j'ignore...

    Oiseaux, plantes, arbres, et tout le monde sauvage qui les accompagne  sont les seuls savants que je respecte.

    Un vol de guêpiers s'est arrêté quelques jours au dessus de la montagne, partageant en souvenir de leur existence leur dernier chant de voyage.

    Bientôt, ils traverseront une méditerranée meurtrie et meurtrière pour passer l'hiver sur un continent détruit, sans même frôler notre détresse. Et c'est  pourtant notre inconstance qui les assigne à un destin funeste...

     

    Alors OUI, il faut que ce monde de haine, de violence, de prétention, de connaissance toxique disparaisse.

     

    la mer saigne mes nuits

    une odeur de rêve bouilli

    refroidie

     

     

     

     

     


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  •  

    et la pluie tombe sur la forêt comme des notes de musique que chaque arbre illustre avec intuition. Puis la brume dissimule cette invariable respiration  au fond des mousses et des lichens où nul ne s'égare.

    je me perds si souvent  dans ce chant sans prière,  que j'en oublie mes rêves.

    j'ai renoncé à m'en rappeler

    je reste là, les mains plongées dans la terre de mon jardin, les regardant besogner  comme si elles ne m'appartenaient plus.

    le temps les a creusées, crevassées, noircies à la perfection... certaines blessures ont rendu quelques zones de peau insensibles, mais ces mains ont suivi les courbes de la terre, de la montagne, de l'histoire sans jamais se résigner.

     

    Elles ont enlacé deux générations d'enfants et une forêt toute entière.

     

    déformées gonflées, fatiguées, brûlées par le vent et le soleil elles se referment parfois avec lenteur sur les outils et les pinceaux.

    Elles ont pris la forme du relief, l'odeur de la poussière, la couleur des profondeurs qui les entourent.

     à travers mes mains se soustrait toute une légende, qui se consume dans l'ombre d'un monde sans espoir.

     

    point de lumière dans le sous bois

    quelques arbres obstruent le passage

    il suffit de laisser faire


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  • sous la neige ce matin

    la caravane

    un igloo sans banquise

     

    ni ours ni loup d'ailleurs

     

    j'en rêve pourtant

    les yeux ouverts

     

    la porte craque sous le gel

    moins un dedans

    et dehors ?

     

    dehors

     

    aucune importance

    le chuintement de la neige

    m'en raconte bien plus

     

    le brouillard grimpe dans les arbres

     

     légèreté  assassine

    à la limite du levant

     

    ne laissant au moral

     

    que ces interminables variations

     

    titubantes dans ce blanc

    trop blanc

    pour mes pensées sombres

    trop sombres

     

     

     


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  •  

     

    grain de givre  au bout des arbres

    un vol de corbeaux

     noircit le décor


     

    d'un frisson

    la brume 

    digère

    l'horizon

     

    quelques îles 

    sur cet étrange buvard

    naviguent en lavis

     

    emportant

    monts vaux

    et enfin

    l'estampe tout entière

     

     

    travestis en flottement

    les pinceaux improvisent

    des rêves

    sans modèle

     

     

    le monde semble naître et mourir

     

    renaître  sans servitude

     


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  • ICI

     

    alors que nos esprits colonisés par une prédation acharnée se disloquent en une absurdité désastreuse, nous condamnons l'héritage de notre pensée, de notre connaissance, de notre langage à une peine de mort sans appel

     

    le geste est précieux, le savoir sacré, le langage fondamental

     

    perdre cette richesse nous conduit à une aliénation irrémissible.

     

    Il va de l'acte du savoir faire, ce geste précis, cette attention parfaite, cette mémoire presque innée de chaque détail à soigner son travail, qui à force d'élégance et de maturité devient dans son intuition, une véritable œuvre d'art.

    Il suffit alors de regarder l'artisan, ou l'artiste, accomplir ce pourquoi il donne un sens à sa vie. Il suffit de se laisser apprivoiser par la beauté du geste maîtrisé pour effleurer l'intime, pour atteindre la raison, l'intelligence même de l'objet réalisé.

     

    D’effondrement, tout nous menace et notre langage en est l'incontestable victime. Détourné, manipulé, anglicisé et au pire converti en émoticônes limitant notre langage à de petits signes infantiles, nous prétendons évoluer vers une meilleure compréhension de nous mêmes.

    Quel désastre, quelle misère, quelle réduction de soi, de l'autre et de tout ce qui depuis notre naissance résonne dans nos têtes comme étant le plus bel outil offert à notre pensée, à notre parole, à notre raison.

     

    C'est toute une musique qui est mise en péril.

     

    Usurper une langue à un peuple c'est soustraire les racines à toute une forêt.

    D'autres, avant ceux qui nous gouvernent en avaient compris la force, et ne s'en étaient pas privés. Certes avec moins de façon et de subterfuge que ce qui s'invente aujourd'hui, mais avec autant de détermination à asseoir leur suprématie.

     

    Et, nous nous appauvrissons dans la plus parfaite indifférence comme si nous avions subi une ablation des nerfs...

     

    Ici

    le silence se prend dans les mains, se colle à l'oreille, pour essayer d'entendre un autre monde

    Ici

    l'espace se lève et se couche avec le temps

    Ici

    les saisons s'affranchissent des dates obligatoires

    Ici

    arbres,  fleurs,  oiseaux,  jardin

    c'est la montagne toute entière qui impose le combat

     

     


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  • les couleurs d'automne se glissent sur les  crêtes avec cette discrétion qu'il faut pour les surprendre, pour les voir se dissiper en dégradé dans la brume de la vallée

    de longs moments de silence construisent mon regard vers d'autres perceptions

    ce que j'ai vu hier n'existe plus aujourd'hui

    ce que je ressens aujourd’hui sera oublié demain

    le temps aura modifié l'instant où l'espace dépouillé de sa redondance mettra en évidence ces imperceptibles  variations de saison

    temps d'absence temps de présence, limités à ces croisements de regards de plus en plus furtifs

    s'inscrit en moi cet instant de rencontre d'un ami d'un frère d'un enfant où tout me paraît soudainement barbare... 

    pas plus d'un soupir alors pour questionner ce monde à l'envers de moi, pas moins pour voir défiler la peur le doute l'inconnu l'impossible soumission et la profonde colère que cette incompétence humaine assigne à notre liberté

    la distance s'impose comme une frontière sans limite, comme un éloignement forcé à notre division à notre soumission, comme un périmètre arbitraire sans surface

     

    c'est la saison des distorsions mentales, des aliénations intellectuelles,  des démences sociales, des égarements  philanthropes

    une saison sans goût ni couleur, une saison sans nom sans durée, d'une violence guerrière inénarrable qui laboure nos esprits en champ de désolation.

     

    l'hiver s'annonce glacial, rude, sans noblesse

    il se pourrait à force d'obscurantisme  que de  premières taches pourpres souillent les premières couches de neige

    nous faut-il craindre le pire ?

    je le crois je le sens je le devine

    il touche mes nuits, oppresse mes jours, infecte mes espoirs

    mais il me faut rire tous les jours

    il en va de la survie de la montagne

     

     

    j'ai encore perdu une ruche

    que dire de plus au moment même où on valide l'utilisation de produits funestes ?

     

     

    la serre se ferme pour un temps

    le bois mort attend sur pied qu'on le coupe pour l'hiver

    les oiseaux reviennent sur la mangeoire

    un cycle de plus vient de s'accomplir et je n'ai strictement rien compris

     

     

     

     

     


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  •  

    et nous voilà en apnée provisoire

     empoisonnés

    par nos masques imposés

    pour un monde qui s'incline

     

     

    comme une communion de foi à la peur de vivre à la peur de mourir

     

     

    sous les clématites

    un, deux peut-être trois nids

    se dessèchent hors d'usage

     

    il se pourrait

    que tout s'efface

     

    il se pourrait

    que trop de tristesse sans larmes

    érode les cœurs broyés

     

    même la rivière de montagne a perdu ses poissons

     

    un vol migratoire de onze bondrées apivores

    ce matin en buvant le thé

     

    inquiétude au bout du ciel

    dans la forêt

    dans le jardin

     

     

    tenant la main de l'enfant

    je serre un peu plus ses petits doigts

    et cherche un peu de lumière à ses premières ombres

     

     

    aux cantiques de la mer  frappent les derniers tambours de la Terre

    d'anciennes forges se réveillent dans le ventre des montagnes et le vent corrompt sa noblesse  au large des océans

     

    pour un dénouement inconnu

     

     

    entendez vous l'écho

    des rumeurs clandestines ?

     

    aucun obstacle

    à leurs fréquences illusoires

     

     

     

    le chien s'est assoupi devant le petit atelier

    et les mélèzes sur le versant nord

    nous regardent sans inquiétude

     

     

     

     

     

     


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  •  

    laisse couler tes larmes

    relève la tête

    pour les guider vers ton ventre tendu

     

    là ou repose le commencement

    l'origine du tout

     

     

     

    errant dans l'éternité 

    le ciel rempli d'étoiles

    expire l'impossible néant

     

     

    pause éphémère

    la légèreté d'un rayon de lune

    somnole en poème muet

     

     

     

    un cœur bat quelque part dans la tête

    doucement si doucement

    les larmes du poète glissent vers la mer

    vers les mouettes et les goélands

     

     

    debout dans la nuit

    comme si souvent

    le nom  des constellations

    pour les arbres qui les connaissent mieux que moi

     

     

    perles d'un chapelet, entre les doigts fébriles d'un monde au talent gaspillé, les jours, les nuits s'égrainent sans prière

     

     

    de nouveaux vents s'emparent des dieux

    les pierres  frissonnent au fond des torrents

     

    sur les berges sauvages

    frémit une armée de roseaux

    les moustiques s'emparent de la nuit

    les chouettes de quelques téméraires

     

    et les cimes

    là haut tout là haut

    songent aux chimères immémorées

     

     

     

     


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  •  

     

    et le vent passe au dessus de ma tête sans me toucher

     

    poussant les nuages vers l’oubli 

    le brouillard vers le monde d'après

     

    tropisme désordonné

    au vent indompté

    les arbres ont perdu leur raison

     

    assise tout en haut

    sur ton point culminant

    immensément seule

     

    je suis allée vers toi

    si lentement

    pour chaque fleur éclose

    chaque papillon impatient

     

    la mousse sur mes épaules fraîches

    quelques fleurs d'arnica sous mon dos cassé

     

     ne pouvant aller plus haut

    tous ces tariers des près s'affolent

    sur les gentianes jaunes

     

     

    dans la vallée

    de minuscules agitations

    ordinairement monotones

    passent le temps

    sans compter

    sans attendre

    sans espérer

     

    je longe les crêtes

    suivant la falaise

    et un tout jeune faucon

     

    entre saxifrages et rochers

     la frontière

    tient du miracle

     

    personne

    ce jour là

     

     

    dans un fatras de nuages

    je fais alliance avec la terre

     

    libre et enchaînée

     

    m'appuyant sur ma canne

    j'enfile un pull

     

    divinement engourdie

     

     

     

    O Montagne

    ta noblesse

    comme une liturgie sans croyance

    prohibe tout accès à ta divinité

     

    mais

     

    de tes couleurs

    en unique besoin

    juste

    une pincée de mémoire pour mes oiseaux

     

     

     

     

     

     


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  •  

    la Terre reprend son souffle

    usurpant le notre sans défense

     

    et nous mourrons sans ordonnance dans un monde incompris

     

    petit virus au pouvoir de titan, tu gagnes sur notre ignorance un temps de repos pour notre planète,  un temps d'arrêt illimité à notre verticalité délétère.

    certains te devinaient sans y croire, perdu dans les entrailles d'une bête agonisante

    sans te savoir si proche de nous

    si proche de notre déclin

    d'autres refusaient même de t'imaginer, tant leurs préoccupations irrationnelles  asphyxiaient leur bon sens

     tu traverses notre histoire sans chercher à négocier

    les civilités ne font pas partie de ton protocole vital, tu en as cure de notre souffrance,  et nous ne pouvons comprendre ta complexité

    il se pourrait bien que nous restions sourds à ton  défi

    nous savons tout juste te définir, les mots nous manquent pour te trouver une brèche, une fissure, une sortie.

    alors tu ronges nos cœurs et nos poumons, tu grignotes notre patience, tu gangrènes notre courage, harcèles notre résistance 

    ton droit d’existence est presque légitime

    il nous revient comme une réponse au fléau que nous sommes

    il nous invite à nous glisser sans condition vers cette  nouvelle ère à peine pensée que pourrait être le "Symbiocène" (merci Monsieur Glenn Albrecht)

     

     

     

    au jardin  au rucher

    la montagne célèbre les esprits épargnés

     

     

     

     

     


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  • aujourd’hui

    c'est la mer qui me manque

     

    le chant des oiseaux revenus de ce côté du rivage glisse entre les nuages pour ne jamais atteindre mon attente

     

    je reste sans voix

     le silence me menace

     

    mélancolique, peinant à espérer

     

    face à la montagne

    je fais naufrage

    sans défaite

     

    la colère, l'impuissance, la tristesse, rongent heure après heure mon courage... et les nuits me remplissent de folies imprévisibles

     

     piégée dans mon ventre cette faillite mondiale me donne la nausée

     

    prison à ciel ouvert

    j'ouvre les yeux

     

    un circaète salue la montagne de son chant de retour

    un aigle royal  lui rappelle de prendre ses quartiers sans prétention

    ramassant les poils du chien devant la porte, un pic épeiche fait son nid dans un arbre juste en dessous de l'atelier

    les sittelles toujours tapageuses prennent possession de tous les recoins cavernicoles disponibles

    de bois et de jardin les grimpereaux chuchotent leur amour aux arbres

    et sous la mangeoire toujours le même combat pour quelques graines perdues

    des palombes, sans nul doute, un autour a tué une de mes poules

    dans la serre les semis germent et poussent avec force et raison

     

     la folie des hommes aurait pu s'arrêter à la frontière de ce bout du monde, mais je lui ai parlé de mon chagrin... et elle, de sa contagion nuisible a contaminé sans invitation, mon cœur déjà bien trop  instable

     

    la beauté de ce printemps désordonné

    comme  un sacre sans lamentation

    entraîne mes pensées vers une dissidence que je souhaite sans retour

     

     

    appartenant à la Terre

    jusqu'au virus

    qui la fait trembler

     

     


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  •                 

    Écrire comme on improvise une musique un chant un dessin. Supprimer les remparts sémantiques d'une langue qui s'en construit par débauche de temps, par excès de peur, par hypertrophie, par embarras, voilà une aventure séduisante où toute fraude intellectuelle est indiscutablement limogée. Les pensées s'affranchissent et cherchent d'autres errances possibles, explorent un autre monde, effleurent l'inconnu, se licencient d'elles mêmes.

     

    Ce matin comme tous les matins, je me suis levée avant le chant des oiseaux, avant le jour, avant que les dernières étoiles se dissipent derrière les montagnes. Le chien,  me regarde sortir dans la nuit fébrile.  De de la nuit, quelques rêves nomades tremblent dans ma tête, galopent sur mes pieds nus.

     

    La vapeur de mon urine s'élève avec la brume de la forêt et cette forêt de brume garde la nuit en son ventre gonflé d'attente.

     

    Comme tous les jours j'agis par dénuement, par désir, par tentation, par besoin. Le rythme est juste à la mesure du temps qu'il me reste. Jardin, forêt, atelier, je vais là où je dois aller et je fais ce que je dois faire. Les gestes s'adaptent avec détachement, mes doutes laissent place à la confiance de ce qui me nourrit.

     

    face à ce temps qui passe si vite, pleine de ceux que j'aime, vide du reste, je vais d'un pas tranquille à la rencontre d'un jour anonyme.

     

     

     

    Le vent s’arrête

     

    immobilisant avec perfection

     

    les bruits de la forêt

     

     


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  •  

     

    souffle lent sur la forêt en veille

    elle fait son histoire

    avec ce qui lui reste

    ses mousses ses lichens

    ses arbres en désordre

     

    ses tableaux si soudain

     

     

    la brume se lève

    remplissant

    mes poumons de nuages

     

     

     

    tant d'oiseaux sur les mangeoires

    un traité de paix provisoire

    au destin imprévu

     

     

     

    le chien nordique dans sa fourrure d'hiver

    sans hiver

    et son regard noir sur tout ce blanc

    sans neige

     

     

     

    si loin des villes

    des bruits inutiles

    des agitations perdues

     

    tournant le dos aux hommes

    je deviens forêt au milieu des montagnes

     

     

     


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  •  

    il y a des mots, des verbes des compléments qui peinent à trouver un sens, une voie, un chemin... ils se rassemblent en vrac dans la tête, ils se bousculent sans ardeur dans un paysage sans perspective.

    la simplicité se replie sur son insaisissable résistance à la fatuité sans jamais jamais abdiquer

     

    histoire de saisons, de temps de sédentarité,  la yourte n'a pas résisté à la sécheresse. La toile s'est fragilisée, grillée par des étés sans pitié, doublés de pluies d'automne totalement indomptées. Elle s'est laissée tout bonnement dépérir.

     

     

    cœur lourd

    du tonoo au dernier pan de feutre

    la yourte rend à la terre son espace

     

     une toute petite caravane abrite mes nuits

    j'entends toujours les chouettes et les renards...

     

    la pluie aussi

     

    et les tempêtes distraient  mes insomnies

     

    rien n'a vraiment changé

     

    chaque jour

    je reprends mon travail d'hiver

    la tête toujours trop pleine

     

    de ces regards sombres qui nous condamnent à notre ignorance

    de ces humains aux mains tendues

    engloutis par la vanité des peuples arrogants

     

    trop pleine des yeux noirs de cet homme assis dans la rue, toujours à la même place, silencieux, modeste, digne. Son élégance vient de cette usure que seule la rue peaufine avec tant d'insolence.

    Je lui donnais une petite cinquantaine d'années, mais il m'a dit qu'il fêtait tout juste ses trente trois ans... dont au moins dix sur le trottoir, assis dans l'absence et la survie.

    Je le vois très rarement

    je vais si peu en ville

    et celle qu'il occupe est loin de chez moi

     

    je le rencontre pourtant depuis dix ans

    lui parle

    lui donne ce que je peux

    mon presque rien

    mon regard

    mes pensées

    mon sourire

    mais rien dans ses prunelles ne bouge

    rien dans son sourire ne prend réalité

    assigné à résidence dans ce froid d'hiver qui ressemble à rien

    il a oublié pourquoi il était là...

     

     

     

     

     

     

     

     


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