•  

     

    Une dissolution des sens, des perceptions, des pensées. Un cœur blessé, un esprit en transit... Je n'en ai aucune idée, mais quelque chose entrave la volonté de communiquer avec les dieux

    et rejette mes habitudes loin de mon quotidien

    nul envie de savoir... de contrôler, de gérer

    juste laisser faire en me rappelant que je  ne suis que de passage

    et  le rêve s'obstine à se perdre dans des forêts de plus en plus denses

    clair-obscur difficilement partagé

    les places sont chères les enjeux sans condition

    nul envie d'en sortir

    laisser faire encore 

    la forêt ne prend que ce dont elle a besoin.

     

     

     

     

     


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  •  

     

    de la montagne

    ce souffle léger si léger

    la mer en reprend la rumeur

     

     


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    puis je encore espérer parcourir un jour ce long voyage à pied qui hante mes pensées ?

    mon courage soudé à une partelle d'inconscience  se fait et se défait sans raison... la volonté abandonne parfois mes rêves, mais jamais suffisamment pour me convaincre du contraire... si je me décide, il me faudra des semaines de marche solitaire pour atteindre un but sans but... pour atteindre ce fragment de cet être discret  dont je ne sais rien.

     

     

    le vent encore le vent

    toujours

    dominant

     

     

    et  tu chavires, dans ton incertitude, toi climat dont on parle sans relâche,  vers cette sombre inconnue sans héritiers...

     

    comment faut-il le dire ?

    le hurler peut-être ?

    ... sortir les armes invisibles,  brandir les derniers murmures présents...

     

     

    au cœur des montagnes

    la yourte se nourrit de silence

     

    monts et vaux se soustraient à l'usure du temps

    succombent à la nuit sans lune

     

     

    assise dans la nuit

    sans aucune histoire à raconter

    le soupir des constellations

     

    la folie des hommes, pour les hommes, par les hommes... intoxique leur raison, consume leur intelligence, détruit leur pensée, corrompt leur imagination... 

    et cette guerre sournoise, travestie en imposture intellectuelle, résigne le monde en abnégation, ruine un peuple muet déjà à genoux...

     

    me réveille la nuit

    en sueur en pleur en tristesse en rage

     

     

     

     

     


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  • goutte à goutte

    la pluie frappe la taule de mon atelier

    sans aucune variation

     

    pas un souffle d'air

    les herbes souples se replient sur le bassin

    leurs courbes régulières apportent une douceur insoupçonnée aux heures lentes de la journée.

     

    Cette pluie m'endort

     

    à la beauté de ces instants organiques

    s'ajoute la complaisance  de mon petit atelier

     

    quelques notes de piano

    ouvrent une voie déterminée

    vers la consolation

     

     

    la beauté traverse mon âme

    je l'entends

    exporter mes émotions

     

    une ébauche de sculpture

    attend mon réveil

     

     

    quatre tritons au fond du bassin

     

    en nombre involontaire

    grenouilles et poissons se glissent dans les roseaux

     

    une salamandre dans le jardin

     

    tant et tant d'abeilles aujourd'hui, privées de sortie

     

    trente neufs espèces d'oiseaux recensés

    des fleurs que j'avais oubliées

    des herbes frôlant le bout de mes doigts

    soixante érables du japon dressant leurs feuilles dans le plus impeccable des désordres

     

    un  printemps de plus...

     

    de tout jeunes plans toujours à l'abri dans la toute petite serre

     

    la maison se cache sous les arbres

    la yourte derrière les herbes

     

     

    cette pluie  ne cesse de frapper le toit de mon atelier

     

    dans sa fourrure d'un blanc arctique

    les yeux noirs du chien d'une infinie tendresse

     

     

     loin du monde

    sans regret

     

     

     

     

     

     

     


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  •  

     

    sans humeur

    ni bonne ni mauvaise

    je m'inscris dans le temps avec une lenteur méticuleuse

     

     dans la yourte le poêle a repris un peu de service

     

    sans lune sans bruit sans vent

    la nuit déplie sa face obscure

     

    encore et encore

    obstinément

    mes illusions se métamorphosent

    en chimères perdues

     

    enlevant les ponctuations de mes rêves

    les majuscules de mes angoisses

    le texte nu

    délivre

    sa chair

    sanglante

    aux saisons fatiguées 

     

    et ce silence qui inventorie les absences

     

    rien que des murmures 

    des lamentations

    des rumeurs

    déjà oubliés

     

    puis de rien

    la colère assiège mon sommeil

     

    en otage

    je serre ma dernière arme sur mon cœur

    encore chaud

     

     

    et ce silence

    qui devient trop silence

    consume les songes de la montagne

     

     

    sans bruit

    sans vent

    sans pluie

     

     

     

     

     

     


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  •  

    terre de ces peuples inconnus, je te tourne et retourne avec pudeur vers une nouvelle saison, te visite en surface pour connaître ta fertilité.

    Ton odeur féconde n'apaise guère  mes incertitudes chroniques  contractées au fil du temps.

    Le soleil brutal de ce printemps bien trop chaud  t'accable franchement, plongeant les touts petits et les rampants plus loin dans tes moiteurs cachées. 

    Trente cinq ans déjà, que tu glisses entre mes doigts fatigués, me livrant chaque année davantage à mon incontournable destin

    C'est à genoux que je te soigne implorant ta connaissance

     et t'imagine m'observant à ta manière

    avec l'inconstance des  grands Sages.

     

    glissant entre mes doigts

    oh terre de mon jardin

    avec cet étrange vent chaud

     

    aujourd'hui c'est le bleu du ciel, qui m'effraie...

    son éclat acharné me rappelle l'inquiétude de cet avenir désorienté...

    C'est ainsi que la beauté avec ses allures de paradis, adopte son genre cruel, son élégance dissidente, son arrogance meurtrière.

     

     

    dans les rues

    les  enfants de ce monde hurlent leurs rêves

    affolés par  leurs cauchemars

     

     

     

     

     


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  •  

     

    De l'autre côté de la montagne, le soleil décroche son dernier rayon de la journée.  Je m'absente de mon travail et emprunte à la forêt un peu de sa beauté.

    les gouges de sculpture se résignent à l' instant.

    de l'autre côté de mes pensées se dérobent mes obsessions. Sans le savoir, de l'oiseau de rivage observé, à mon morceau de bois à peine façonné se trace un chemin clandestin.

    rien ne bouge, le silence est presque parfait.

    mes mains se crevassent, mes ongles se fendent, mes doigts s'épaississent.

     

    Aux yeux ouverts, flocons de neige et pétales de prunelliers se mélangent provisoirement dans un concentré d'illusion.

    Un doute d'éternité, une attente peut-être, s'éclipsent devant la fenêtre.

     

    qui me contrôle ? qui m'ignore ?

     

    aux cheveux ouverts jusqu'à la taille

    en une fraction de temps

    rassemblés en chignon

     

    l'habitude

    le geste

    tout devient monochrome

     

    au fond du couloir

    les fantômes s'embrassent

     

    leurs mains se tendent

    je tourne la tête

     

    reprends les gouges

    et laisse filer le temps

    sans moi

     

     

     

     


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  • viens

    il est temps de rentrer

     

    l'enfant que j'étais

    pousse la femme que je suis

    vers la beauté brutale du crépuscule

     

     

     


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  •  

    fragments de terre

    fragments de mer

    je trie mes vêtements d'hiver

     

    et le sourire de cet arbre

    au sommet de la montagne

     juste pour l'image

     

    il va souvent de part le monde

    de la mare au jardin

    convertissant le temps en poèmes

    et les poèmes en poussière

    le vieux crapaud

     

    mes mains lui ressemblent

    mais en vain

    sa sagesse me reste inaccessible

     

     

    le monde provisoire

    tremble

    se déplace, migre, s’éteint

    l'éternité est là pourtant

    dans ces étoiles d'hiver

    où nul n'accède

     

     


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  • j'écoute la montagne

    qu'ai je à craindre ?

    elle retient  derrière la fenêtre

    les limites du monde que je ne connais pas

     

    demi-jour

    ce ciel usé par les tempêtes

    métamorphose mes doutes

    conduit mon cœur vers un silence qui vient de la forêt.

     

    je me rêve oiseau

    sans connaître l'arbre sur lequel

    je me pose

     

     remontant de la vallée

    le vent de fin de journée

    s'arrête devant ma porte

     

    en tribut

    je lui murmure

    un poème de Wang Wei

     

    en retour

    à l'aube

    les  sommets m'apporteront

    leur odeur

     

    nous sommes faits de tant de mystère

    qu'ai je à regretter ?

    il me suffit de planter quelques arbres de plus

    en oubliant d'attendre

     

     

     

     

     

     

     


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  • il va de ses tresses noires retenues par des rubans multicolores

    de ses yeux plus sombres que les ténèbres

    une étincelle de vie sortie des mers et des montagnes

    transie de froid

    l'enfant ne voit rien n'entend rien

    elle ne respire que cette immensité qu'elle désire devant elle

    laissant à son ombre blessée le soin d'effacer les folies meurtrières...

    je la regarde jusqu'au bout du chemin

    disparaître

    engloutie par autant de bruit que de silence.

     

     

     

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    extrait d'un article de Médiapart:

    Aide aux migrants: jusqu'à 4 mois de prison ferme pour les «7 de Briançon»

    « On ne va pas se laisser faire, on va faire appel », réagit auprès de Mediapart Benoît Ducos, un ancien pisteur-secouriste de 42 ans, parti en maraude tout l’hiver dans « sa » montagne pour éviter que des migrants, des femmes et des enfants, lancés depuis l’Italie, se perdent sur les sentiers enneigés avant d’arriver jusqu’au refuge de Briançon.

    « L’enjeu de ce procès était de savoir si la justice venait confirmer l’engagement de l’État aux côtés des identitaires, contre les solidaires et contre les migrants, poursuit-il. On a la réponse. C’est un grave signal envoyé à la société française : le tribunal fait le choix de la mort. En ce moment, à Briançon, des gens continuent de franchir la montagne par des nuits très froides, à moins 15 degrés déjà. Dans le même temps, nos signalements récents au parquet pour dénoncer le comportement de certaines forces de l’ordre, des gens pris en chasse et mis en danger, sont balayés. » Sollicité par Mediapart, le procureur de la République, Raphaël Balland, n’a pas encore retourné nos appels.


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  • chaos, comme toujours, tu es là, sans haine sans résistance,  sans peur, sans passion... Tu es là, normalement là, tout en désordre, et c'est ce que notre ignorance te reproche...  Tu vas tu viens, inaccessible aux humains... Sans médire, sans prédire tu n'as cure des agitations désordonnées qu'une société désespérée dispose provisoirement hors contrôle. Inconditionnel à l'ordre établi, tu négliges toute souveraineté.  Tu te tiens là entre chien et loup, au bord du monde, sans notion de temps, sans volonté d'espace. Tout bouge, dans ton immobilité fossile. Tu perds et prends vie avec raffinement. Rien ne t'affecte, tu es chaos et tu resteras chaos. La guerre t’indiffère, la paix te désintéresse. Tu es la naissance du monde et bien sûr tu en es sa fin. Qu'importe le changement à suivre, cette connaissance nous reste inaccessible... et c'est pourtant tout ton mystère qui guide notre unique raison de vivre ...

     

    la lune en son croissant

    décroît ce soir

    en plein vent

     

     


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  •  

    les jours dévorent le temps, alors que tout semble s'organiser avec soin pour un avenir de plus en plus incertain

     

    un sentiment étrange me serre le ventre

     

    pourtant

     

    de l'été

    il  reste dans le jardin

    toutes les graines promises

    à l'éternité

     

     

    entre automne et hiver

    le petit atelier, lui même, 

    se tient au calme

     

     

    de l'Ouest

    il me vient un vent

    presque froid

    d'un jour familier

     

     

    tombant au sol

    les pommes de pin

    ont entrepris un long voyage

    vers le futur

     

     

    en nuit pleine

    l'appel d'un renard

    pas si loin du poulailler

     

     

    C'est ici que  la Beauté du monde me tient en otage

    C'est ici que l'effacement du monde relâche un peu sa tension

     

     

     

     

     

     

     


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    jours sans fin

    s'isolent les uns des autres

    sans direction

    le coeur presque soulagé

     

    il pleut

    encore

    il pleut

    toujours

     

    la montagne enseigne de nouvelles règles

    les sources gonflent les rochers

    les rochers deviennent torrents

     

    d'une marche à l'autre

    de l'escalier en pierre

    de petites chutes d'eau

    miniaturisent le monde

     

    toutes ces nuances de gris

    que rien n'arrête

     du ciel à la forêt

     

     

    rien est rançonné

    ces alternances de couleurs

    séquestrent mon âme conquise

     

    fuite d'eau

    un seau de plus à vider

    du coté du poêle

     

     

    il me semble que même mes rêves prennent la couleur de la pluie

     


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    l'arbre s'empare de la lumière, la terre de ses ombres fertiles

    le temps est un  caniveau perdu dans l'espace

    l'espace une notion qui sombre en friche

     

    le brouillard empoigne le maquis

    personne n'y entre

    personne n'en sort

     

    simplifiez vous la vie en mode sans contact

    et les fantômes se glisseront  dans vos têtes


    chaque nuit dans la vallée

    quand les lampadaires s'allument

    les mystères se lèvent plus tôt qu’ailleurs,

    volent  notre folie

    l'abreuvent, l'assoiffent

    la nourrissent, l'affament

     

     c'est tellement facile de dire n'importe quoi

     

    une goutte de pluie c'est tellement puissant....

     

     


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