• 20 août 2018, la chaleur referme la forêt et le jardin. Toutes deux  résistent péniblement à cette torpeur menaçante. Assise devant la table de travail, mes pensées s'allongent indéfiniment vers l'absurde. Ici, même le silence est au ralenti. Seul le vol d'un papillon en fin de vie agite l'espace immobile. Devant ma porte, les trois poules plutôt vagabondes de la maison tentent une conversation hasardeuse, mais je ne trouve aucune réponse à leurs questions. le papillon, un tabac d'Espagne, se pose soudain sur mon écran. Le chien nordique transpire bruyamment. De longues traînées de salive témoignent de  sa souffrance à supporter ces étés sans fin. Nous sommes tous deux originaires de pays froids, migrants sans frontière, sans confins, sans contrôle.

    J'attends la nuit... Le chant des étoiles que la brise nocturne et les grillons d'été colportent avec un étrange mystère, nuance mes inquiétudes. Profonde et infinie, elle éveille une fascination débordante pour les constellations, les galaxies, les trous noirs et tout ce dont nous ignorons encore de notre univers... quelques quatre vingt quinze pour cent de ténèbres.

    La nuit ne dispose d'aucune solution aux défaillances de notre planète, aucun entracte, à la dégénérescence de nos actes, aucune alternance à notre barbarie.

     

     

    Reviennent soudain, comme un rappel à l'essentiel, ces ailes de papillon battant l'air contre la vitre, sans que rien ne change....

     

     

     

     


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  • nuit de pluie

    le jour hisse encore ses voiles

    trempées

     

     

     


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  • Il circule dans l'air un frisson d'ailes et de feuilles que le gris du ciel  invite à suspendre. Ailleurs, de minuscules petits pas, piétinent le monde  sous les feuilles en vrac du dernier automne. Au vieux monde renaît un autre monde, plus vieux, plus usé, plus ruiné. C'est la loi du marché, la mutation des hommes requins, la mort du léviathan. Le tribu promet d'être lourd. Qu'importe le poids, pour les derniers indiens l'agonie frise le soulagement.

    Le jour s'étire nerveusement vers la nuit, laissant au clair de lune, le soin de dissimuler l'imperfection humaine. Vingt quatre heures, par vingt quatre heures et pas une de plus pour rattraper les erreurs, le monde se rétrécie dans son ignorance. Cette  gangrène pandémique  ronge les esprits et les corps jusqu'au spectre des cimetières. 

    Je regarde les étoiles, sans larmes sans sourire, un peu de poussière voile la pureté de la nuit...

    Une araignée se balance entre Jupiter et Spica. L'Univers s'enveloppe ce soir d'un fil de soie pour une nuit sans  fête où je reste seule devant cet exploit...

     

    le silence

    même au bout de la nuit

    n'existe pas

     

     

     

     


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  • Il arrive parfois qu'au delà des rêves, naissent des instants  consacrés. Ces micro événements, semblent ponctionner dans nos mémoires tout ce dont ils ont besoin pour nous désorienter. On oublie ce qu'on est et qui on est. On change de genre et d'espèce, on change de doute et d'attente, on perd le sens circulatoire de nos pensées. On devient arbre, montagne, forêt, océan, rivière. On vole, rampe, nage, mord, pique. On meurt et on renaît. L'enfer devient un paradis et le paradis, un décor de cinéma. On ne sait pas si le réveil sera salutaire ou toxique, alors on ergote sur les conditions de passage...

    Chaque jour je contemple les herbes pousser, j'entends les fleurs s'ouvrir, les arbres grandir... Chaque jour, je me dis qu'il n'y a rien de plus beau que l'état sauvage des choses, il n'y a rien de plus puissant que cette volonté de vivre et de survivre qui préoccupe toutes espèces confondues à l'heure du désastre...  J'attends sans bruit, que la nuit prenne le relève de cette tâche ultime qui consiste à récupérer  nos fragments de  souffle entre les étoiles. Chaque nuit je regarde l'Univers à travers le tonoo de la yourte en prenant conscience que notre monde ne résistera plus longtemps aux tourments qui le harcèlent, mais qu'à l'échelle de l'Univers, cela n'a finalement aucune importance ...

     

    le jardin s'ouvre cette nuit

     comme chaque nuit

    à la nuit ....

     

     


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  • ce soir j'adopte les mirages du vent

    contemplant la première étoile levée, je souffle les pousses de sapin gelées, quelques centimètres  de neige  dans le fossé.

    le vent falsifie toutes les questions... troquant sans conviction toutes réponses illusoires

    je perds le Nord

    et mes pas s'affaiblissent sur le chemin sans voie.

    aux poussières de la terre j'offre mes plus belles folies

    aux eaux des rivières j'abandonne mes illusions dépouillées

    aux vents et aux saisons mon âme trop farouche

    il ne me reste plus pour vivre, que ce battement de cœur obstinément chronique

    et la constance intraitable du temps

    ce soir le vent possède la force des titans sans tyrannie...

    il efface le chagrin des couleurs

    et alloue à la lumière éveillée un instant de divinité 

     

     

     


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  • faut-il attendre

    le printemps

    dans une tasse de thé ?


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  • imposture sur le trottoir

    ça dégouline sur la chaussée

    ça obstrue  les égouts

     

    intelligence corrompue

    nos cerveaux décharnés

    s'entassent dans un service ambulatoire

     

    un peu de neige sur la montagne

    le temps se refroidit

    il tousse il crache

    des morceaux de glace

    des lames de gel

     

    la guerre est là

    partout

    sans raison

     

    elle ne dit rien mais ronge nos âmes

    elle nous ignore et  nous obsède

     

    et toi ?

    quel est ton nom ?

     

    oui toi, qui me regarde de tes yeux noirs sans frontière

     

    tu ne sais plus, tu es perdu ...

    le trottoir absout  tes croyances

    ton corps possède

    les cris les pleurs

    et les ressacs de la mer...

     

    ton coeur est presque froid

     

    de mes montagnes

    la nuit

    je l'entends

     

    avec le vent du nord

    dans mon sommeil

     

     mes rêves grelottent

    sans abri

     

     

     

     

     

     


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    Sentinelles engourdies, les sommets qui me regardent ce soir sont couverts de neige... Ils veillent tels de vieux sages sur un monde qui s'efface derrière les nuages, derrière l'inconstance des arbres qui les esquissent.  Mon cœur les contemple, mes yeux les dévisagent, mon esprit les envisage... Quelques flocons inexpérimentés s'enhardissent vers des hauteurs plus modestes. Se  mélangeant à la pluie, ils s'alourdissent, perdant leur légèreté au profit de leur transparence. 

    Ils disparaissent entre brume et montagne, laissant dans mon esprit le souvenir de leur destin.

    Il y a de l'irrationnel  dans l'air.  Le futur  provoque le passé, le passé résiste au présent. Montagnes et forêts ont perdu la notion d'existence en même temps que la notion de sursis. Les dieux qui les habitent n'ont aucune exigence. Ils ont tout leur temps... tout le plein du destin crayonné.

     

    Wabi et Sabi

    je n’oublierai pas

    les splendeurs de ce monde


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  • Le vent s'est enfin calmé. La yourte se met lentement au repos... et je retrouve le mien ce soir à l'écoute de la  forêt devenue silencieuse. La chouette réinterprète ses chants d'hiver, laissant parfois au renard un peu de place à son appel perçant. L'agitation  peu durer de longues minutes où chacun semble ignorer l'autre n'ayant pour autre souci que celui de se faire entendre par son congénère.

    Une fatigue vieille de quelques jours enlise mes pensées. Le vent a déchargé sa puissance pendant trois nuits sans aucune pitié pour ce qu'il secouait, pliait, arrachait sur son passage. Des pointes de cent vingt kilomètres heures prenaient en otage tout ce qui avait trouvé refuge en urgence, ne négociant tel un tyran aucune alternative.

    C'est ainsi que le vieux cèdre penché, après quinze longues années de résistance, s'est couché sans bruit sur la terre froide de l'hiver.

    Depuis, ses racines se dressent vers le ciel tels des spectres solitaires rompus au silence...

    me laissant  triste et orpheline....

    une prière sans mots accompagne la dernière caresse émouvante que je lui dois.

    Demain il me faudra le débiter.

    Ce grand sage, veillant sur la maison, les oiseaux, les écureuils et les tout jeunes érables plantés sous son ombrage,  s'en est allé sur la pointe des pieds, emmenant avec lui les mystères de son existence.

    Sa dignité, laissera à  la forêt en deuil,  une impression d'impermanence, un désir d'éternité.

     

     

     

    par le vent

    le vieux cèdre s'est incliné

    immortel

     

     

     


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    sans beauté

    la neige

    devient juste embarrassante

     

     

     

     


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  • tout ouvert

    le petit atelier de peinture

    consulte la vallée

     

     

    les oiseaux  traversent le chantier

    sans intérêt

    pour le parquet que nous clouons

     

     

    un vent glacial

    descend des montagnes

    brûlant mes doigts gelés

     

     

     

     

     

     


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  • J'ai troqué mes rires pour des sourires, des sourires pour des tristesses, des larmes pour des silences. Dans ce corps hérité sans formalité que j'incarne depuis tant d'années, le temps  se déchire sans diplomatie, brisant dans cette inflexible évidence tout repère instruit  avec patience. 

    Le monde des hommes se contracte sous l'ingérence des imbéciles. L'ignorance qui en résulte démontre l'ampleur des dégâts.  

    Que faut-il  comprendre de ce monde incapable de se corriger ?

    Pourtant, à l'abri des regards et  en toute clandestinité, un brin de mystère incontesté s'empare des montagnes, des mers et des forêts. Une touche anonyme, tout juste décalée d'imaginaire, réinterprète avec allégeance la suite de l'histoire. Les informations s'échangent  à une lenteur  défiant toute possibilité. Un monde gravitant autour des papillons, grignotant telles les chenilles nos  consciences intoxiquées.

     

    troquant pour un sourire

    l'inconstance du papillon

     


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    Ce n'est plus le cri des oiseaux que la mer porte vers le rivage, mais les pleurs des enfants qu'elle engloutit. Leurs larmes amères vaines et inutiles assiègent nos esprits impuissants. L'ombre de leurs petits corps rode sur le rivage comme des fantômes errants. Trop loin de chez eux, ils n'ont pu atteindre l'autre côté de la vie. Pas eu le temps de comprendre, pas le temps de connaître. Le naufrage, seule issue qu'un monde déshumanisé leur réserve, les condamne à sombrer dans l'insoutenable abandon. Pourtant par mer calme, lorsqu'on se dispose à être présent, on perçoit leur chant triste et monotone glisser sur le bleu infini, du ciel et de la mer. Les sirènes se taisent, troublées par toute cette barbarie... Neptune lui-même en oublie de gérer son règne.

    Lorsque leurs petites mains se tendent  vers la terre promise, mélangeant à leur prière leur chevelure blanchie par trop d'injustice, la lune se cache, les crabes s'enlisent et le soleil se voile.

    Qui sont-ils eux dont on ne connaît plus  les corps rongés de sel par une mer indifférente à leur tourment ? Une mer qui les recrache chaque jour sur des rivages désenchantés...

     

     

    en deuil

    ce bleu infiniment bleu

    abandonné par les sirènes

     

     


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  • attends moi là

    là où les oiseaux parlent aux poissons

     

     


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