•  

    fragments de terre

    fragments de mer

    je trie mes vêtements d'hiver

     

    et le sourire de cet arbre

    au sommet de la montagne

     juste pour l'image

     

    il va souvent de part le monde

    de la mare au jardin

    convertissant le temps en poèmes

    et les poèmes en poussière

    le vieux crapaud

     

    mes mains lui ressemblent

    mais en vain

    sa sagesse me reste inaccessible

     

     

    le monde provisoire

    tremble

    se déplace, migre, s’éteint

    l'éternité est là pourtant

    dans ces étoiles d'hiver

    où nul n'accède

     

     


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  • j'écoute la montagne

    qu'ai je à craindre ?

    elle retient  derrière la fenêtre

    les limites du monde que je ne connais pas

     

    demi-jour

    ce ciel usé par les tempêtes

    métamorphose mes doutes

    conduit mon cœur vers un silence qui vient de la forêt.

     

    je me rêve oiseau

    sans connaître l'arbre sur lequel

    je me pose

     

     remontant de la vallée

    le vent de fin de journée

    s'arrête devant ma porte

     

    en tribut

    je lui murmure

    un poème de Wang Wei

     

    en retour

    à l'aube

    les  sommets m'apporteront

    leur odeur

     

    nous sommes faits de tant de mystère

    qu'ai je à regretter ?

    il me suffit de planter quelques arbres de plus

    en oubliant d'attendre

     

     

     

     

     

     

     


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  • il va de ses tresses noires retenues par des rubans multicolores

    de ses yeux plus sombres que les ténèbres

    une étincelle de vie sortie des mers et des montagnes

    transie de froid

    l'enfant ne voit rien n'entend rien

    elle ne respire que cette immensité qu'elle désire devant elle

    laissant à son ombre blessée le soin d'effacer les folies meurtrières...

    je la regarde jusqu'au bout du chemin

    disparaître

    engloutie par autant de bruit que de silence.

     

     

     

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    extrait d'un article de Médiapart:

    Aide aux migrants: jusqu'à 4 mois de prison ferme pour les «7 de Briançon»

    « On ne va pas se laisser faire, on va faire appel », réagit auprès de Mediapart Benoît Ducos, un ancien pisteur-secouriste de 42 ans, parti en maraude tout l’hiver dans « sa » montagne pour éviter que des migrants, des femmes et des enfants, lancés depuis l’Italie, se perdent sur les sentiers enneigés avant d’arriver jusqu’au refuge de Briançon.

    « L’enjeu de ce procès était de savoir si la justice venait confirmer l’engagement de l’État aux côtés des identitaires, contre les solidaires et contre les migrants, poursuit-il. On a la réponse. C’est un grave signal envoyé à la société française : le tribunal fait le choix de la mort. En ce moment, à Briançon, des gens continuent de franchir la montagne par des nuits très froides, à moins 15 degrés déjà. Dans le même temps, nos signalements récents au parquet pour dénoncer le comportement de certaines forces de l’ordre, des gens pris en chasse et mis en danger, sont balayés. » Sollicité par Mediapart, le procureur de la République, Raphaël Balland, n’a pas encore retourné nos appels.


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  • chaos, comme toujours, tu es là, sans haine sans résistance,  sans peur, sans passion... Tu es là, normalement là, tout en désordre, et c'est ce que notre ignorance te reproche...  Tu vas tu viens, inaccessible aux humains... Sans médire, sans prédire tu n'as cure des agitations désordonnées qu'une société désespérée dispose provisoirement hors contrôle. Inconditionnel à l'ordre établi, tu négliges toute souveraineté.  Tu te tiens là entre chien et loup, au bord du monde, sans notion de temps, sans volonté d'espace. Tout bouge, dans ton immobilité fossile. Tu perds et prends vie avec raffinement. Rien ne t'affecte, tu es chaos et tu resteras chaos. La guerre t’indiffère, la paix te désintéresse. Tu es la naissance du monde et bien sûr tu en es sa fin. Qu'importe le changement à suivre, cette connaissance nous reste inaccessible... et c'est pourtant tout ton mystère qui guide notre unique raison de vivre ...

     

    la lune en son croissant

    décroît ce soir

    en plein vent

     

     


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  •  

    les jours dévorent le temps, alors que tout semble s'organiser avec soin pour un avenir de plus en plus incertain

     

    un sentiment étrange me serre le ventre

     

    pourtant

     

    de l'été

    il  reste dans le jardin

    toutes les graines promises

    à l'éternité

     

     

    entre automne et hiver

    le petit atelier, lui même, 

    se tient au calme

     

     

    de l'Ouest

    il me vient un vent

    presque froid

    d'un jour familier

     

     

    tombant au sol

    les pommes de pin

    ont entrepris un long voyage

    vers le futur

     

     

    en nuit pleine

    l'appel d'un renard

    pas si loin du poulailler

     

     

    C'est ici que  la Beauté du monde me tient en otage

    C'est ici que l'effacement du monde relâche un peu sa tension

     

     

     

     

     

     

     


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  •  

    jours sans fin

    s'isolent les uns des autres

    sans direction

    le coeur presque soulagé

     

    il pleut

    encore

    il pleut

    toujours

     

    la montagne enseigne de nouvelles règles

    les sources gonflent les rochers

    les rochers deviennent torrents

     

    d'une marche à l'autre

    de l'escalier en pierre

    de petites chutes d'eau

    miniaturisent le monde

     

    toutes ces nuances de gris

    que rien n'arrête

     du ciel à la forêt

     

     

    rien est rançonné

    ces alternances de couleurs

    séquestrent mon âme conquise

     

    fuite d'eau

    un seau de plus à vider

    du coté du poêle

     

     

    il me semble que même mes rêves prennent la couleur de la pluie

     


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  •  

     

    l'arbre s'empare de la lumière, la terre de ses ombres fertiles

    le temps est un  caniveau perdu dans l'espace

    l'espace une notion qui sombre en friche

     

    le brouillard empoigne le maquis

    personne n'y entre

    personne n'en sort

     

    simplifiez vous la vie en mode sans contact

    et les fantômes se glisseront  dans vos têtes


    chaque nuit dans la vallée

    quand les lampadaires s'allument

    les mystères se lèvent plus tôt qu’ailleurs,

    volent  notre folie

    l'abreuvent, l'assoiffent

    la nourrissent, l'affament

     

     c'est tellement facile de dire n'importe quoi

     

    une goutte de pluie c'est tellement puissant....

     

     


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  •  

     

    2 août 1914

    ses premiers cris de nouveau né

    ont traversé le champ d'une bataille tout juste gagnée

     

    ma grand mère le tenait encore entre ses cuisses

    lorsque mon grand père revêtit son horrible uniforme de poilu

     

    mon père cria et hurla sa rage et sa faim

    le sein de ma grand mère en resta désespérément vide

     

    ce mois d'été fut triste et sans lumière

    ma grand mère arpentait son village sans relâche

    vendant tout ce qu'elle avait pour quelques gouttes de lait

     

    on lui en fit  le reproche bien des années après

    la suspectant des pires actes

    tant réprimés par sa religion dépourvue d'esprit

     

    mais moitié bigote moitié rebelle

    elle avait pris l'habitude d’immerger  ce malentendu

    dans l'eau douteuse des bénitiers de son église de campagne

     

     et de continuer son combat au dessus du berceau

     

    c’était un tout petit bout de femme

    au chignon désordonné

    courant sur le pavé rugueux d'un village

    ordinairement méchant

     

    serrant ses poings sous son tablier usé

    pour dissimuler sa honte, 
    et empêcher que la colère ne caille ce lait si mal acquis

     

    elle savait

    avec son courage de guerrière

    voir au delà de l'horreur 

    voir au delà du déshonneur

     

    et je l'ai connue

    tant d'années après

    douce et sauvage

     

    avec ce regard infiniment bleu

    farouchement lucide

    qu'un souvenir funeste

    par jour d'orage

    endeuillait clandestinement

     

    ma grand mère

     

     

     

     

     

     

     

     


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    et toi tu l'as suivi,

    sans rien dire, sans bouger

    jusqu'au bout du monde

     

     

     d'un pôle à l'autre

    tes battements d'ailes forcent les tempêtes

    quelques grains de sel

    sur tes plumes délavées

     

    tu l'as suivi

    ce temps qui ordonne ta vie

    sans que nous ne comprenions pourquoi

                        et

    tu es déjà en train de disparaître

     

    la mémoire de ceux qui oublient

    te rangera dans des livres savants

     

    d'autres célébreront tes prouesses de voilier, de marin

    souvenirs risqués d'un temps provisoire

     

     

    mais sans toi

    le temps titube

    l'espace transhume sans fin

     

     

     

     

     

     


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  • c'est mon âme qu'ils ont prise

    mon cœur traîne sur un lit défait

    et je ne dors toujours pas...

     

    dépression alternative

    les vertébrés disparaissent

    la montagne reprend ses couleurs pour l'hiver

    la forêt ses mouvements secrets....

     

    comme des notes frappées avec rage

    la pluie contre les carreaux embués...

     

    la vallée s'agite sous la brume...

     

    par delà l'agonie des étendues insoumises

    la perte de mon peuple sans étoiles, sans nuages

     

    encore une bûche dans le poêle

    et l'odeur puissante du chien trempé près du feu...

     

     

    sur le lit défait traîne mon cœur errant

    et je ne dors toujours pas

     

     

     

     


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  • 20 août 2018, la chaleur referme la forêt et le jardin. Toutes deux  résistent péniblement à cette torpeur menaçante. Assise devant la table de travail, mes pensées s'allongent indéfiniment vers l'absurde. Ici, même le silence est au ralenti. Seul le vol d'un papillon en fin de vie agite l'espace immobile. Devant ma porte, les trois poules plutôt vagabondes de la maison tentent une conversation hasardeuse, mais je ne trouve aucune réponse à leurs questions. le papillon, un tabac d'Espagne, se pose soudain sur mon écran. Le chien nordique transpire bruyamment. De longues traînées de salive témoignent de  sa souffrance à supporter ces étés sans fin. Nous sommes tous deux originaires de pays froids, migrants sans frontière, sans confins, sans contrôle.

    J'attends la nuit... Le chant des étoiles que la brise nocturne et les grillons d'été colportent avec un étrange mystère, nuance mes inquiétudes. Profonde et infinie, elle éveille une fascination débordante pour les constellations, les galaxies, les trous noirs et tout ce dont nous ignorons encore de notre univers... quelques quatre vingt quinze pour cent de ténèbres.

    La nuit ne dispose d'aucune solution aux défaillances de notre planète, aucun entracte, à la dégénérescence de nos actes, aucune alternance à notre barbarie.

     

     

    Reviennent soudain, comme un rappel à l'essentiel, ces ailes de papillon battant l'air contre la vitre, sans que rien ne change....

     

     

     

     


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  • nuit de pluie

    le jour hisse encore ses voiles

    trempées

     

     

     


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  • Il circule dans l'air un frisson d'ailes et de feuilles que le gris du ciel  invite à suspendre. Ailleurs, de minuscules petits pas, piétinent le monde  sous les feuilles en vrac du dernier automne. Au vieux monde renaît un autre monde, plus vieux, plus usé, plus ruiné. C'est la loi du marché, la mutation des hommes requins, la mort du léviathan. Le tribu promet d'être lourd. Qu'importe le poids, pour les derniers indiens l'agonie frise le soulagement.

    Le jour s'étire nerveusement vers la nuit, laissant au clair de lune, le soin de dissimuler l'imperfection humaine. Vingt quatre heures, par vingt quatre heures et pas une de plus pour rattraper les erreurs, le monde se rétrécie dans son ignorance. Cette  gangrène pandémique  ronge les esprits et les corps jusqu'au spectre des cimetières. 

    Je regarde les étoiles, sans larmes sans sourire, un peu de poussière voile la pureté de la nuit...

    Une araignée se balance entre Jupiter et Spica. L'Univers s'enveloppe ce soir d'un fil de soie pour une nuit sans  fête où je reste seule devant cet exploit...

     

    le silence

    même au bout de la nuit

    n'existe pas

     

     

     

     


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  • Il arrive parfois qu'au delà des rêves, naissent des instants  consacrés. Ces micro événements, semblent ponctionner dans nos mémoires tout ce dont ils ont besoin pour nous désorienter. On oublie ce qu'on est et qui on est. On change de genre et d'espèce, on change de doute et d'attente, on perd le sens circulatoire de nos pensées. On devient arbre, montagne, forêt, océan, rivière. On vole, rampe, nage, mord, pique. On meurt et on renaît. L'enfer devient un paradis et le paradis, un décor de cinéma. On ne sait pas si le réveil sera salutaire ou toxique, alors on ergote sur les conditions de passage...

    Chaque jour je contemple les herbes pousser, j'entends les fleurs s'ouvrir, les arbres grandir... Chaque jour, je me dis qu'il n'y a rien de plus beau que l'état sauvage des choses, il n'y a rien de plus puissant que cette volonté de vivre et de survivre qui préoccupe toutes espèces confondues à l'heure du désastre...  J'attends sans bruit, que la nuit prenne le relève de cette tâche ultime qui consiste à récupérer  nos fragments de  souffle entre les étoiles. Chaque nuit je regarde l'Univers à travers le tonoo de la yourte en prenant conscience que notre monde ne résistera plus longtemps aux tourments qui le harcèlent, mais qu'à l'échelle de l'Univers, cela n'a finalement aucune importance ...

     

    le jardin s'ouvre cette nuit

     comme chaque nuit

    à la nuit ....

     

     


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  • ce soir j'adopte les mirages du vent

    contemplant la première étoile levée, je souffle les pousses de sapin gelées, quelques centimètres  de neige  dans le fossé.

    le vent falsifie toutes les questions... troquant sans conviction toutes réponses illusoires

    je perds le Nord

    et mes pas s'affaiblissent sur le chemin sans voie.

    aux poussières de la terre j'offre mes plus belles folies

    aux eaux des rivières j'abandonne mes illusions dépouillées

    aux vents et aux saisons mon âme trop farouche

    il ne me reste plus pour vivre, que ce battement de cœur obstinément chronique

    et la constance intraitable du temps

    ce soir le vent possède la force des titans sans tyrannie...

    il efface le chagrin des couleurs

    et alloue à la lumière éveillée un instant de divinité 

     

     

     


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