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    les jours dévorent le temps, alors que tout semble s'organiser avec soin pour un avenir de plus en plus incertain

     

    un sentiment étrange me serre le ventre

     

    pourtant

     

    de l'été

    il  reste dans le jardin

    toutes les graines promises

    à l'éternité

     

     

    entre automne et hiver

    le petit atelier, lui même, 

    se tient au calme

     

     

    de l'Ouest

    il me vient un vent

    presque froid

    d'un jour familier

     

     

    tombant au sol

    les pommes de pin

    ont entrepris un long voyage

    vers le futur

     

     

    en nuit pleine

    l'appel d'un renard

    pas si loin du poulailler

     

     

    C'est ici que  la Beauté du monde me tient en otage

    C'est ici que l'effacement du monde relâche un peu sa tension

     

     

     

     

     

     

     


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    jours sans fin

    s'isolent les uns des autres

    sans direction

    le coeur presque soulagé

     

    il pleut

    encore

    il pleut

    toujours

     

    la montagne enseigne de nouvelles règles

    les sources gonflent les rochers

    les rochers deviennent torrents

     

    d'une marche à l'autre

    de l'escalier en pierre

    de petites chutes d'eau

    miniaturisent le monde

     

    toutes ces nuances de gris

    que rien n'arrête

     du ciel à la forêt

    kidnappent  arbres et montagnes

     

    rien est rançonné

    ces alternances de couleurs

    séquestrent mon âme conquise

     

    fuite d'eau

    un seau de plus à vider

    du coté du poêle

     

     

    il me semble que même mes rêves prennent la couleur de la pluie

     


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    l'arbre s'empare de la lumière, la terre de ses ombres fertiles

    le temps est un  caniveau perdu dans l'espace

    l'espace une notion qui sombre en friche

     

    le brouillard empoigne le maquis

    personne n'y entre

    personne n'en sort

     

    simplifiez vous la vie en mode sans contact

    et les fantômes se glisseront  dans vos têtes


    chaque nuit dans la vallée

    quand les lampadaires s'allument

    les mystères se lèvent plus tôt qu’ailleurs,

    volent  notre folie

    l'abreuvent, l'assoiffent

    la nourrissent, l'affament

     

     c'est tellement facile de dire n'importe quoi

     

    une goutte de pluie c'est tellement puissant....

     

     


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  • 2 août 1914

    ses premiers cris de nouveau né

    ont traversé le champ d'une bataille tout juste gagnée

     

    ma grand mère le tenait encore entre ses cuisses

    lorsque mon grand père revêtit son horrible uniforme de poilu

     

    mon père cria et hurla sa rage et sa faim

    le sein de ma grand mère en resta désespérément vide

     

    ce mois d'été fut triste et sans lumière

    ma grand mère arpentait son village sans relâche

    vendant tout ce qu'elle avait pour quelques gouttes de lait

     

    on lui en fit  le reproche bien des années après

    la suspectant des pires actes

    tant réprimés par sa religion dépourvue d'esprit

     

    mais moitié bigote moitié rebelle

    elle avait pris l'habitude d’immerger  ce malentendu

    dans l'eau douteuse des bénitiers de son église de campagne

     

     et de continuer son combat au dessus du berceau

     

    c’était un tout petit bout de femme

    au chignon désordonné

    courant sur le pavé rugueux d'un village

    ordinairement méchant

     

    serrant ses poings sous son tablier usé

    pour dissimuler sa honte, 
    et empêcher que la colère ne caille ce lait si mal acquis

     

    elle savait

    avec son courage de guerrière

    voir au delà de l'horreur 

    voir au delà du déshonneur

     

    et je l'ai connue

    tant d'années après

    douce et sauvage

     

    avec ce regard infiniment bleu

    farouchement lucide

    qu'un souvenir funeste

    par jour d'orage

    endeuillait clandestinement

     

    ma grand mère

     

     

     

     

     

     

     

     


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  •  

    et toi tu l'as suivi,

    sans rien dire, sans bouger

    jusqu'au bout du monde

     

     

     d'un pôle à l'autre

    tes battements d'ailes forcent les tempêtes

    quelques grains de sel

    sur tes plumes délavées

     

    tu l'as suivi

    ce temps qui ordonne ta vie

    sans que nous ne comprenions pourquoi

                        et

    tu es déjà en train de disparaître

     

    la mémoire de ceux qui oublient

    te rangera dans des livres savants

     

    d'autres célébreront tes prouesses de voilier, de marin

    souvenirs risqués d'un temps provisoire

     

     

    mais sans toi

    le temps titube

    l'espace transhume sans fin

     

     

     

     

     

     


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  • c'est mon âme qu'ils ont prise

    mon cœur traîne sur un lit défait

    et je ne dors toujours pas...

     

    dépression alternative

    les vertébrés disparaissent

    la montagne reprend ses couleurs pour l'hiver

    la forêt ses mouvements secrets....

     

    comme des notes frappées avec rage

    la pluie contre les carreaux embués...

     

    la vallée s'agite sous la brume...

     

    par delà l'agonie des étendues insoumises

    la perte de mon peuple sans étoiles, sans nuages

     

    encore une bûche dans le poêle

    et l'odeur puissante du chien trempé près du feu...

     

     

    sur le lit défait traîne mon cœur errant

    et je ne dors toujours pas

     

     

     

     


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  • 20 août 2018, la chaleur referme la forêt et le jardin. Toutes deux  résistent péniblement à cette torpeur menaçante. Assise devant la table de travail, mes pensées s'allongent indéfiniment vers l'absurde. Ici, même le silence est au ralenti. Seul le vol d'un papillon en fin de vie agite l'espace immobile. Devant ma porte, les trois poules plutôt vagabondes de la maison tentent une conversation hasardeuse, mais je ne trouve aucune réponse à leurs questions. le papillon, un tabac d'Espagne, se pose soudain sur mon écran. Le chien nordique transpire bruyamment. De longues traînées de salive témoignent de  sa souffrance à supporter ces étés sans fin. Nous sommes tous deux originaires de pays froids, migrants sans frontière, sans confins, sans contrôle.

    J'attends la nuit... Le chant des étoiles que la brise nocturne et les grillons d'été colportent avec un étrange mystère, nuance mes inquiétudes. Profonde et infinie, elle éveille une fascination débordante pour les constellations, les galaxies, les trous noirs et tout ce dont nous ignorons encore de notre univers... quelques quatre vingt quinze pour cent de ténèbres.

    La nuit ne dispose d'aucune solution aux défaillances de notre planète, aucun entracte, à la dégénérescence de nos actes, aucune alternance à notre barbarie.

     

     

    Reviennent soudain, comme un rappel à l'essentiel, ces ailes de papillon battant l'air contre la vitre, sans que rien ne change....

     

     

     

     


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  • nuit de pluie

    le jour hisse encore ses voiles

    trempées

     

     

     


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  • Il circule dans l'air un frisson d'ailes et de feuilles que le gris du ciel  invite à suspendre. Ailleurs, de minuscules petits pas, piétinent le monde  sous les feuilles en vrac du dernier automne. Au vieux monde renaît un autre monde, plus vieux, plus usé, plus ruiné. C'est la loi du marché, la mutation des hommes requins, la mort du léviathan. Le tribu promet d'être lourd. Qu'importe le poids, pour les derniers indiens l'agonie frise le soulagement.

    Le jour s'étire nerveusement vers la nuit, laissant au clair de lune, le soin de dissimuler l'imperfection humaine. Vingt quatre heures, par vingt quatre heures et pas une de plus pour rattraper les erreurs, le monde se rétrécie dans son ignorance. Cette  gangrène pandémique  ronge les esprits et les corps jusqu'au spectre des cimetières. 

    Je regarde les étoiles, sans larmes sans sourire, un peu de poussière voile la pureté de la nuit...

    Une araignée se balance entre Jupiter et Spica. L'Univers s'enveloppe ce soir d'un fil de soie pour une nuit sans  fête où je reste seule devant cet exploit...

     

    le silence

    même au bout de la nuit

    n'existe pas

     

     

     

     


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  • Il arrive parfois qu'au delà des rêves, naissent des instants  consacrés. Ces micro événements, semblent ponctionner dans nos mémoires tout ce dont ils ont besoin pour nous désorienter. On oublie ce qu'on est et qui on est. On change de genre et d'espèce, on change de doute et d'attente, on perd le sens circulatoire de nos pensées. On devient arbre, montagne, forêt, océan, rivière. On vole, rampe, nage, mord, pique. On meurt et on renaît. L'enfer devient un paradis et le paradis, un décor de cinéma. On ne sait pas si le réveil sera salutaire ou toxique, alors on ergote sur les conditions de passage...

    Chaque jour je contemple les herbes pousser, j'entends les fleurs s'ouvrir, les arbres grandir... Chaque jour, je me dis qu'il n'y a rien de plus beau que l'état sauvage des choses, il n'y a rien de plus puissant que cette volonté de vivre et de survivre qui préoccupe toutes espèces confondues à l'heure du désastre...  J'attends sans bruit, que la nuit prenne le relève de cette tâche ultime qui consiste à récupérer  nos fragments de  souffle entre les étoiles. Chaque nuit je regarde l'Univers à travers le tonoo de la yourte en prenant conscience que notre monde ne résistera plus longtemps aux tourments qui le harcèlent, mais qu'à l'échelle de l'Univers, cela n'a finalement aucune importance ...

     

    le jardin s'ouvre cette nuit

     comme chaque nuit

    à la nuit ....

     

     


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  • ce soir j'adopte les mirages du vent

    contemplant la première étoile levée, je souffle les pousses de sapin gelées, quelques centimètres  de neige  dans le fossé.

    le vent falsifie toutes les questions... troquant sans conviction toutes réponses illusoires

    je perds le Nord

    et mes pas s'affaiblissent sur le chemin sans voie.

    aux poussières de la terre j'offre mes plus belles folies

    aux eaux des rivières j'abandonne mes illusions dépouillées

    aux vents et aux saisons mon âme trop farouche

    il ne me reste plus pour vivre, que ce battement de cœur obstinément chronique

    et la constance intraitable du temps

    ce soir le vent possède la force des titans sans tyrannie...

    il efface le chagrin des couleurs

    et alloue à la lumière éveillée un instant de divinité 

     

     

     


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  • faut-il attendre

    le printemps

    dans une tasse de thé ?


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  • imposture sur le trottoir

    ça dégouline sur la chaussée

    ça obstrue  les égouts

     

    intelligence corrompue

    nos cerveaux décharnés

    s'entassent dans un service ambulatoire

     

    un peu de neige sur la montagne

    le temps se refroidit

    il tousse il crache

    des morceaux de glace

    des lames de gel

     

    la guerre est là

    partout

    sans raison

     

    elle ne dit rien mais ronge nos âmes

    elle nous ignore et  nous obsède

     

    et toi ?

    quel est ton nom ?

     

    oui toi, qui me regarde de tes yeux noirs sans frontière

     

    tu ne sais plus, tu es perdu ...

    le trottoir absout  tes croyances

    ton corps possède

    les cris les pleurs

    et les ressacs de la mer...

     

    ton coeur est presque froid

     

    de mes montagnes

    la nuit

    je l'entends

     

    avec le vent du nord

    dans mon sommeil

     

     mes rêves grelottent

    sans abri

     

     

     

     

     

     


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    Sentinelles engourdies, les sommets qui me regardent ce soir sont couverts de neige... Ils veillent tels de vieux sages sur un monde qui s'efface derrière les nuages, derrière l'inconstance des arbres qui les esquissent.  Mon cœur les contemple, mes yeux les dévisagent, mon esprit les envisage... Quelques flocons inexpérimentés s'enhardissent vers des hauteurs plus modestes. Se  mélangeant à la pluie, ils s'alourdissent, perdant leur légèreté au profit de leur transparence. 

    Ils disparaissent entre brume et montagne, laissant dans mon esprit le souvenir de leur destin.

    Il y a de l'irrationnel  dans l'air.  Le futur  provoque le passé, le passé résiste au présent. Montagnes et forêts ont perdu la notion d'existence en même temps que la notion de sursis. Les dieux qui les habitent n'ont aucune exigence. Ils ont tout leur temps... tout le plein du destin crayonné.

     

    Wabi et Sabi

    je n’oublierai pas

    les splendeurs de ce monde


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  • Le vent s'est enfin calmé. La yourte se met lentement au repos... et je retrouve le mien ce soir à l'écoute de la  forêt devenue silencieuse. La chouette réinterprète ses chants d'hiver, laissant parfois au renard un peu de place à son appel perçant. L'agitation  peu durer de longues minutes où chacun semble ignorer l'autre n'ayant pour autre souci que celui de se faire entendre par son congénère.

    Une fatigue vieille de quelques jours enlise mes pensées. Le vent a déchargé sa puissance pendant trois nuits sans aucune pitié pour ce qu'il secouait, pliait, arrachait sur son passage. Des pointes de cent vingt kilomètres heures prenaient en otage tout ce qui avait trouvé refuge en urgence, ne négociant tel un tyran aucune alternative.

    C'est ainsi que le vieux cèdre penché, après quinze longues années de résistance, s'est couché sans bruit sur la terre froide de l'hiver.

    Depuis, ses racines se dressent vers le ciel tels des spectres solitaires rompus au silence...

    me laissant  triste et orpheline....

    une prière sans mots accompagne la dernière caresse émouvante que je lui dois.

    Demain il me faudra le débiter.

    Ce grand sage, veillant sur la maison, les oiseaux, les écureuils et les tout jeunes érables plantés sous son ombrage,  s'en est allé sur la pointe des pieds, emmenant avec lui les mystères de son existence.

    Sa dignité, laissera à  la forêt en deuil,  une impression d'impermanence, un désir d'éternité.

     

     

     

    par le vent

    le vieux cèdre s'est incliné

    immortel

     

     

     


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