• coeur affranchi

    Le réveil sonne, je bascule d'un mystère à un autre. La nuit s'efface discrète, abandonnant au jour le dernier croissant de lune d'une fin de cycle. Une nouvelle nuit sans sommeil  engourdit mes pensées. Je tarde à sortir de ma torpeur. Trouvant la chaleur de mes draps plus douces  que la vieille, je m'enfonce encore d'un degré sous cette moiteur confidentielle. Il me faut pourtant me décider, le travail au jardin ne peut se concevoir que dans la première moitié du jour, l'autre moitié étant tout simplement réservé à des taches moins exposées à la chaleur

    et le chien  devant la porte me regarde avec insistance. Ma lenteur semble le surprendre, mon indécision l’interpelle inclinant dans ce questionnement sa tête si familière. Son regard extraordinairement volontaire m'encourage à me bouger...

    Cette année le jardin parfait son existence. Fleurs et légumes évoluent avec flegme. Le temps soigne leur éclat. Ils le prennent donc tout entier pour parfaire leur saveur.

    Je ne sais pas qui s'accorde à qui dans cet échange. Mais de plus en plus  le jardin me semble être l'unique bâtisseur de  ma résistance. Il  m'impose son souffle avec délicatesse et m'absorbe dans sa réalité. Il ralentit mes pas, mes gestes et mes pensées... je l'accompagne dans sa croissance, dans ses récoltes, dans ses échecs... je ne suis rien sans lui, il me donne cet étrange envie de vivre diluée dans l'espace...

    C'est au cœur de cette forêt au centre de ces montagnes au fond de ce jardin que j'apprends à être et à disparaître, j'apprends la persévérance et la perfection,  le nomadisme fondamental, le sédentarisme substantiel. J'apprends à m'affranchir de moi-même. 

     

    étoile polaire

    toujours à la même place

    au dessus du cèdre

     


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