• martin pêcheur, deuxième pièce du tryptique


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  • la montagne, la forêt la mer, toutes entières, nous apprennent à penser. S'acharner à les effacer du tableau dans lequel nous respirons, ramène à nous priver du plus honorable de nos sens, le seul qui nous permette d'être digne de nous mêmes, même après la vie. Ce sens n'a peut-être pas de mot exact, pas de résonance, pas de matière... il appartient à chaque cellule de notre corps,  va, vient au gré de nos humeurs,  nous maintient la tête droite et le cœur en apesanteur, même dans ce monde sans aplomb. Et la valse reprend immobile sa folie indomptée où l'imaginaire n'est plus qu'une pièce à conviction d'un crime surréaliste exécuté par indifférence. Et quand sonnera le gond de l'insoutenable révolution, flottera dans l'air une irrespirable brume délétère émise par trop d'insouciance. La mue de ce désordre, abandonnée sur le revers d'une pierre, craquellera d'amertume sans laisser de trace au soleil, elle s'effacera comme s'effacent nos pensées, nos cœurs et nos idéaux ... Nos rêves envahiront nos cauchemars à la recherche d'une esthétique oubliée où flotte en  funambule sur un fil invisible, le temps criminellement compressé.

     

    mur en pierres sèches

    la mue brutalement écrasée

    du serpent

     

     


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    martin pêcheur


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    après son merveilleux Cherry Blossoms, Doris Dörie, nous surprend  une nouvelle fois.

    fukushima mon amour de Doris Dörie

     


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  • avec la participation  imprévue de Hanao et    Imrane en bruit de fond

     

     Clair-obscur d'une journée d'hiver, le flegme des couleurs s'additionne au temps et hante l'espace en marge des heures et des secondes oubliées. Rien ne bouge, la pluie tombe avec un ennui presque parfait. Pas de vent, pas d'étonnement, le chien dort sous la table, l'âne dans son cabanon, les chats forment un amas indéfinissable de fourrure gonflée. Je ne sais pas encore si j'aime ou non ses journées de désœuvrement. Les fractions de scène en retard d'un chapitre, donnent aux acteurs une impression d'absence et infligent au rythme une rupture inconditionnelle de son oppressante cadence... Tout le monde soupire soulagé, même mes pigments enfouis dans leur boîte en bois. Sur la table à dessin,  la fébrilité d'une nouvelle feuille blanche mi bambou mi coton,  fixée sur son support  guette le moindre de mes déplacements. A mes mouvements agités, elle se rétrécit se contracte sur ses fibres, défiant dans son immobilité imposée, le premier contact obligé, qui libérera la tension concentrée au bout du pinceau.

    De ses quelques poils régulièrement alignés, lui, le pinceau, aborde dans ces instants de retenue des postures provocantes de guerriers. Excité par la présence de ces éléments qui le narguent, il se gorge d'eau jusqu'à saturation. Bombant son torse imbibé d'audace, il sélectionne sa couleur de prédilection et attaque l'angle de la feuille où se réfugie fragile, l'ébauche d'un oiseau en attente. Son expérience est suffisante pour savoir qu'il tient dans son ventre suffisamment d'autonomie pour accomplir une bonne partie du travail sans contrainte. La feuille blanche, empreinte de la première marque tracée, devient spontanément terre d'asile. Elle dissipe ses inquiétudes puis accueille avec sérénité toutes les variations de teintes proposées. Ses fibres s'ouvrent et se referment à la demande, faisant variablement vibrer les couleurs avec pudeur, les déplaçant dans son espace jusqu'à leur trouver l'endroit exact de leur splendeur...

    Guerre et paix s'organisent sous mes yeux sans que je puisse prévaloir mes droits.  Il m'arrive parfois de soumettre quelques conseils à ce chaos explosif, mais la plus part du temps j'aime à dire, et à penser que pour chaque aquarelle en cours de réalisation s'ordonnent tour à tour  vide et plein, compréhension et mystère, savoir et ignorance, abstraction et évidence, visible et invisible, vie et mort, avec comme éventuelle ordonnance la seule et unique sincérité existentielle de tout ce désordre.

    Qu'importe le résultat d'une aquarelle, tout réside dans sa réalisation, lorsque les fréquences se croisent et s'interposent, sans raison, sans émotion, sans obligation, permettant à celui qui par expérience conduit le pinceau, de parvenir un jour à un éventuel talent.

     

     au bout du pinceau

    l'oiseau regarde le ciel

    sans bouger


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