• 1914 pour ma grand mère

    2 août 1914

    ses premiers cris de nouveau né

    ont traversé le champ d'une bataille tout juste gagnée

     

    ma grand mère le tenait encore entre ses cuisses

    lorsque mon grand père revêtit son horrible uniforme de poilu

     

    mon père cria et hurla sa rage et sa faim

    le sein de ma grand mère en resta désespérément vide

     

    ce mois d'été fut triste et sans lumière

    ma grand mère arpentait son village sans relâche

    vendant tout ce qu'elle avait pour quelques gouttes de lait

     

    on lui en fit  le reproche bien des années après

    la suspectant des pires actes

    tant réprimés par sa religion dépourvue d'esprit

     

    mais moitié bigote moitié rebelle

    elle avait pris l'habitude d’immerger  ce malentendu

    dans l'eau douteuse des bénitiers de son église de campagne

     

     et de continuer son combat au dessus du berceau

     

    c’était un tout petit bout de femme

    au chignon désordonné

    courant sur le pavé rugueux d'un village

    ordinairement méchant

     

    serrant ses poings sous son tablier usé

    pour dissimuler sa honte, 
    et empêcher que la colère ne caille ce lait si mal acquis

     

    elle savait

    avec son courage de guerrière

    voir au delà de l'horreur 

    voir au delà du déshonneur

     

    et je l'ai connue

    tant d'années après

    douce et sauvage

     

    avec ce regard infiniment bleu

    farouchement lucide

    qu'un souvenir funeste

    par jour d'orage

    endeuillait clandestinement

     

    ma grand mère

     

     

     

     

     

     

     

     


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