• Ai je perdu cette notion de temps que ce monde effréné se dispute sans raison ? Peut-être bien et je ne m'en plains pas... Je viens d'abattre un vieux cerisier, pas tout à fait centenaire, mais assez vieux pour avoir perdu  la force de bourgeonner et fleurir ces dernières  années...

    En surface, son temps à lui s'est terminé avec allure et grandeur,  mais sous terre une toute autre histoire se raconte, et ce temps là qu'il se réserve en secret, prend progressivement une odeur d'humus et de mycélium. Cet ancêtre, même dans son déclin apprivoise clandestinement un tout autre pouvoir, une toute autre amplitude du temps. Sa connaissance certainement infinie se dilue dans chaque grain de terre, dans chaque goutte d'eau et la multiplication de ses cellules se renouvelle sans fin. Notre savoir et notre compréhension s'arrêtent au seuil de cette notion d'immortalité universelle propre à chaque être vivant, et nous souffrons de ne pouvoir la concevoir faute de temps, et  d'imagination en déflation.

    Le vent soufflait abondamment ce matin et le froid n'arrangeait pas le travail. Déposant la tronçonneuse au pied de l'arbre, je me suis appuyée contre lui.  Mes mains glacées ont parcouru sa vieille écorce rugueuse à la recherche d'un semblant de vie ou de n'importe quoi d'autre.  Oubliant le temps vif et cinglant, je lui parlais de  sa vie, de la mienne, de notre rencontre qui s'est faite alors qu'il agonisait déjà. Un temps de silence s'est interposé entre nous, qu' il m'a fallu interrompre. J'avais encore quelques mots à lui souffler, quelques mots confidentiels que je lui avais soigneusement préparés pour ce moment là .

    Au bout d'une heure de travail, il est tombé sans crier, sans regret. Nous savions tous  deux que rien n'était rompu mais que simplement la vie reprenait une fois de plus un autre droit, une autre raison d'être éternellement présente.

     

     

    sous les vêtements d'hiver

    tant de couches

    j'en perds ma légèreté

     

     

     


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  • Exilées, mortes, disparues, j'ignore ce qui leur est arrivé. Toutes les abeilles du rucher on déserté leur lieu de vie.  Pour un apiculteur, même en herbe, c'est la chose la plus difficile qui puisse lui arriver. Voilà plus d'une semaine que j'ai eu à faire ce constat démoralisant sur tout le rucher. Ouvrir une ruche pleine de miel, vide de ses occupantes, ne peut laisser indifférent, même le plus néophyte des néophytes en apiculture. En ce qui me concerne cela m'a juste plongée dans un désarroi sans limite. Voilà  plus de  cinq années que ces demoiselles butinaient, sur ces terres de montagne austère. Présentes chaque printemps, avec leur bourdonnement vibrant de vie et d'espoir elles s'appliquaient à redonner méthodiquement cette énergie nécessaire à tout ce paysage en reconstruction qu'est le relief cévenol appauvri depuis trop d'années à la monoculture de châtaigniers... J'avais pris la relève de celui qui s'en occupait préalablement et avais appris patiemment toutes les règles de vie et de soin indispensables à parfaire leur existence...  J’allais les saluer tous les jours et tous les jours, je surveillais leur comportement. Je les conduisais en Warré, ruches parfaitement écologiques, sans traitement, où l'essentiel de cette conduite consiste à toujours privilégier les abeilles. Le lieu où elles ont grandi, est loin de toute pollution de tout pesticide ou insecticide, ces poisons étant totalement proscrits ici, jusqu'au moindre savon, shampoing ou lessive utilisés qui doivent être obligatoirement écologiques, théoriquement donc  aucun néonicotinoïde présent dans le secteur. Le mystère de leur disparition reste pour l'instant total, mais l'enquête personnelle est en route

    Il va me falloir reconstituer tout le rucher ce qui représente un sacré budget, je vous demanderai donc de l'aide, car j'en ai besoin... Pour cela j'ai tiré  de mes aquarelles des cartes postales en format carré  15 sur 15 cm, dont le travail de tirage grâce à un imprimeur de très grand talent est vraiment parfait.

    la carte postale coûte 4 euros avec l'enveloppe correspondante, et les aquarelles reproduites dans ce format sont les suivantes, l'épervier,  la grenouille, le coq de bruyère, le courlis cendré, la chouette d’Athéna, les fleurs de cerisier avec une abeille, l'alcyon pie, le héron cendré, le butor étoilé, les lucanes, la mouette des brumes, le jaseur boréal, les demoiselles (libellules), la libellule rouge, la paruline jaune, le combattant varié,la  mouette rieuse, le pic à dos blanc, le tichodrome échelette, la pie grièche à tête rousse, le renne, et la rosalie des alpes. Si cela vous intéresse, toutes ces aquarelles sont sur le blog. Pour plus d'info contactez moi à mon adresse mail: kamtchak@gmail.com.

    Je vous remercie d'avance, pour le soutient que vous m'apporterez dans la reconstitution d'un nouveau rucher. Les nouvelles venues déjà réservées dans un élevage écologique arriveront au courant du mois de juin. Nous en avons tous besoin, elles apportent tout ce dont les jardins les vergers, les forêts, les près cherchent pour bâtir leur existence. Je souhaite retrouver avec elles ce prodigieux plaisir qu'elles offrent inlassablement à tout ceux qui les guident pour les conduire avec passion vers des lendemains moins incertains.

     

    anna


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  • Ce diaporama sonore, réalisé par Marion Potoczny, a reçu samedi 17 décembre, le prix 2016 du meilleur sujet décerné par Diapéro, “Polka magazine” et Mediapart


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    Ils sont là, ils sont grandioses, ils sont revenus, parce que leur place est là dans notre sillage. Les voir relève du miracle, du coup de chance... suivre leurs traces ne nous rapproche pas forcément d'eux, mais nous rassure quant à leur existence et leur capacité de nous éviter...

    Combien de temps encore résisteront-ils à l'absurdité de ce monde qui veut tout contrôler ? Combien de temps encore pourrons nous espérer croiser leur regard au delà des cimes et des forêts ? Combien de temps leur reste t-il à vivre ? combien de temps nous reste t-il ?

     


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  • joubarbe


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    D'où vient cette rage assassine qui glace  jours et nuits nos âmes atrophiées, cette fureur blanche suintant de nos cerveaux stériles. Elle décompose nos actions en fragments infectés de haine. La violence est devenue un état permanent de vengeance perdue.  Nous sommes faits de colère, mais pas de haine. Il ne faut pas tout confondre, et à force d'élever cette émotion au rang d'allier nécessaire à la survie, nous en avons fait un adversaire ingérable.

    Par nuit claire les étoiles traversent le tonoo de la yourte imprégnant mon cœur d'éternité sans que je comprenne un traître sens à ce mot. Je le laisse tout simplement pénétrer mon esprit sans aucune attente de futur. Sans futur, nous nous réadaptons d'instinct au présent, mettant en demeure  notre ego plaintif et malade aux injonctions d'un passé oppressant. La violence en tout genre naît de ce futur délétère qui accumule bien et richesse, mais ne peut subsister dans un présent où réside trop peu de temps pour lui donner sens. C'est là, dans ce temps si court qu'aucun gaspillage ne peut s'y glisser, que l'on apprend à rire, à pleurer et à crier, sans souci de représentation. Tout vient avec un naturel obligeant. Plus besoin de se déchiffrer, de se deviner, de s'introspecter, comme si nous étions des bêtes de foire soumises à la raison d'un seul mode de penser. Dans ce temps ultimement immédiat qu'est le présent, souffle une renaissance de bon sens, d'actions de premières nécessités, un vent d'urgence et de salut, une réalité triomphante.

    Nous ne sommes pas encore au bout de nous mêmes, au bout de notre consécration, mais à tarder dans le couloir de la mort, nous pourrions ne plus pouvoir obtempérer pour une clémence moins hasardeuse.

     

    pieds nus

    fouler la terre

    sans cailloux dans la tête.

     


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  •  Du 3 au 4 décembre, quelques artistes vous présentent leur travail de peintre, céramiste, orfèvre, ébéniste, sculpteur, origamiste etc pour le marché de Noël qui aura lieu au restaurant " déjeuner sur l'herbe" à  St Clément de Rivière (sortie Nord de Montpellier). Ils vous invitent à venir voir, ce qu'ils fabriquent avec passion  et espèrent vous séduire par les œuvres qu'ils vous proposent.

    marché de Noël au restaurant le déjeuner sur l'herbe


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  • De retour dans la yourte, tout me paraît distant, un peu comme si depuis mon départ, la perspective des choses s'était déformée, bousculant insensiblement le relief qui m'entoure.  Ma présence ici ou là-bas a perdu un peu sa trajectoire. Je ne me rappelle plus trop d’ailleurs quelle en était le sens. Il me semble de plus en plus vivre  entre les mots, devenir un souffle inévitable au sens du texte présent, un espace blanc rempli  d'accords, d'ententes inaccessibles. J'emprunte au temps cette distance régulière qui unit les mots et les hommes au delà de tout contrôle, et dispose ces silences entrecoupés de matière là ou la raison reprendra ses droits.

     

    retour

    est-ce moi l'intruse

    ou la couleuvre lovée derrière le poêle ?

     

     

     


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  • Dernier jour de septembre, le brame du cerf retentit dans toute la montagne. Rauque et sinistre cet appel à la reproduction effraie plus qu'il ne rassure. Je me sens souvent étrangère à ce monde énigmatique. Les reliefs  abrupts de ce paysage rustique me condamnent parfois à des impressions de vertige contraignantes. Mon courage se retranche alors sauvagement derrière mes doutes, sans pour autant m’assujettir à leurs influences.

    Aujourd'hui le soleil frôle les reliefs. Ma peau a plus d'instinct que mon cerveau, et m'invite discrètement à saisir les faibles rayons qui se taillent un passage entre les nuages.  Le brouillard s'est levé brutalement ouvrant une trace entre buissons et pâturages.  Avec l'aide de Dick, j'engage, le troupeau sur le sentier des crêtes, dans l’espoir de lui trouver un peu plus d'herbes grasses à brouter.

    Jour après jour, les teintes vives de l'été abandonnent leur splendeur aux gelées incontournables des petits matins grelottants. Ce changement de décor déconcertant, décline un instant inachevé sans postérité. Aucune proposition de futur ne sera soumise. Dans quelques semaines, la neige effacera toute trace de notre passage. Cette circulation du temps traverse mes veines, effaçant tout ce qui encombre le destin...

    Empreinte perdue au fond de soi, tout renaît avec plus de simplicité, plus d'humilité, d'honnêteté, sans chimère, sans conséquence.

     

    odeur d'urine

    piquant le nez

    dans le brouillard

     


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  • 25 septembre. Quelques flocons mélangés à la pluie donnent à ma solitude une impression d'abandon. Le réseau téléphonique presque inexistant ici, ne passe qu'à quelques endroits, souvent bien loin de moi. Tout contact avec le monde et mes proches, ne peut se faire que lorsque je croise ces lieux devenus précieux. Les pentes sont raides et les dénivelés assurent une moyenne de déplacement de 800 à 1000 m par jour. Les genoux souffrent dans les descentes, mais là n'est point le soucis des brebis qui cavalent en tout sens pour trouver les dernières pousses d'herbe rester sur l'alpage. Les fins d'estive sont souvent difficiles à conduire. Certaines maladies comme le pietin fragilisent et ralentissent les bêtes atteintes. Le troupeau perd peu à peu son homogénéité et le berger sa patience. Les brebis les plus vaillantes, prennent trop souvent les chemins de traverses encombrés de vernes ou plus populairement d'arcosses en savoyard. Les épuisées ne peuvent suivre leurs compagnes et la désorganisation générée, oblige le berger à aider le chien qui se donne tout entier à la recomposition de l'ensemble.

    Le plus périlleux lorsqu'on aborde ce travail, c'est d'apprendre à ne vivre que pour le troupeau, de s'oublier en grande partie, de ne jamais lâcher l'histoire quoiqu'il arrive, de ne laisser en aucun cas la place au désespoir lorsque le troupeau disparaît dans le brouillard. La fatigue engendre des troubles déroutants, mais là aussi, la résistance est de rigueur et rien ne doit céder aux peurs et aux angoisses. Le troupeau est en jeu et notre seule raison d'être est de le mener sans dommage.

     

    au bout du sentier

    un sourire derrière un appareil photo

    le ravitaillement dont j'ai besoin

     

     

    carnet de bergère-3

    carnet de bergère-3

    carnet de bergère-3

    carnet de bergère-3

    carnet de bergère-3

    carnet de bergère-3


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  • 21 septembre. Depuis quelques jours le brouillard s'entête à monopoliser les montagnes sans aucune indulgence pour tout ce qui respire en dessous. J'ai parfois l'impression de  vivre dans un chaos permanent. Les mots se crispent là, sans horizon, sans avenir, inadaptables à la situation. Farouches, ils s'allient aux moutons et aux nuages, avec un acharnement obsessionnel, ne laissant place que très rarement à une variante providentielle. Lorsqu'elle arrive enfin, le paysage s'organise et m'offre dans sa somptuosité quelques instants de visibilité  fondamentaux à la bonne conduite du troupeau. Dix jours déjà que je prends mes repères dans cet univers aux contrastes violents et mon humeur subit autant de variations qu'une œuvre d'art incomprise. 

    Le troupeau vit comme un organe incontrôlé. Il se contracte et se dilate sans loi, et sans oublier non plus d'imposer au berger une adaptation inconditionnelle. Être à l'avant  ou à l'arrière  du troupeau, peu importe il n'y a aucune place stratégique, il faut sans cesse composer, gérer, observer  et se laisser porter par cette vague  laineuse sans écume. Les  maîtres d’œuvre de ce tableau mobile sont les chiens. Les patous, tant redoutés par les randonneurs, sont totalement inféodés au troupeau. Je n'ai aucune emprise sur eux. Je les caresse les nourris, ils me connaissent et m'apprécient, mais reste le seul lien de sociabilité autorisé... libertaires, parmi les libertaires, ils n'en font qu'à leur tête, et à la tête du client. Et puis il y a Dick, mon très cher Dick, moitié Border moitié Labrit, fidèle parmi les fidèles qui écoute sans condition aux moindres de mes gestes et donne à cette vague un mouvement et une cohérence indispensable à mon endurance.

     

    carnet de bergère 2

    carnet de bergère 2

    carnet de bergère 2

    carnet de bergère 2

    carnet de bergère 2

    carnet de bergère 2

    carnet de bergère 2

    carnet de bergère 2

     


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  • 12 septembre 2016 alpage entre 1800 et 2000 m d'altitude, chalet de l'Arbaretan, Savoie

                                

    carnet de bergère

     

    matin de septembre

    l'haleine des moutons

    gèle dans l'air

     

    Être poète c'est presque un handicap. On est toujours poète quelque chose, poète maçon, menuisier, charpentier, sculpteur, jardinier, bûcheron correctrice, ornithologue et même poète bergère. Voilà le dernier que j'ai gagné à la loterie des imprévus.

    Berger, voilà un travail que l'on associe aisément à la rêverie, la contemplation, la sieste, aux grandes balades.

    Au mois de septembre lorsque le brouillard et la pluie deviennent une affaire quotidienne, on peut de suite oublier tous ces petits bonheurs que l'été peut dans ces moments généreux offrir au troupeau et au gardien.

    Au mois de septembre et de surcroît à la fin de ce mois, on passe plus de temps à chercher les vêtements qui pourront nous tenir au chaud et au sec tout au long de la journée.

    Lorsque le soir arrive et qu'il faut rentrer les 700 brebis dans un enclos à refaire tous les deux jours en prévision d'une visite insolite de la gente canine, deux idées deviennent obsédantes, refaire un parc pour la nuit suivante et rejoindre au plus vite la minuscule caravane de 5m2 devenue par défaut la seule source de chaleur et de douceur disponible dans ce climat austère.

    Tous les jours, enfermée dans ce brouillard matinal, je me dis que c'est trop dur et que je ne tiendrai pas. Tous les matins, je reprends mon bâton, siffle le chien pour rejoindre le troupeau et continue consciencieusement mon travail. Au courant de l'après-midi le ciel se dégage, le Mt-Blanc apparaît en face de moi, et toute la noblesse des montagnes m'encourage à tenir le choc.

    Dick est mon chien de garde. Livré avec le troupeau, il devient en quelques heures un compagnon fidèle sur lequel je mise toutes mes attentes, tous mes espoirs. Actif, fidèle, attentif, d'une gentillesse déconcertante, il ne me lâche plus d'une semelle et moi plus d'un coup d’œil. Indispensable au delà de tout attente, mon regard se porte sans cesse sur lui. il suffit d'un ordre, d'un geste, d'un sifflement, pour que le troupeau prenne sous sa détermination  la direction espérée. Ce chien m'apprend jour après jour, la mobilité de toutes ces brebis, leurs longs déplacements générés par leur faim inapaisable. Il m'apprend ses limites et mes limites, me dicte ce qu'il ne faut pas faire et ce qui peut être envisageable. Il m'apprend qu'ici, seul compte le présent conjugué par défaut à une fraction de  temps inexistante ailleurs.

    carnet de bergère

    carnet de bergère

    carnet de bergère

    carnet de bergère

     

    carnet de bergère

    carnet de bergère

    carnet de bergère

    carnet de bergère

    carnet de bergère

    carnet de bergère

    carnet de bergère

    carnet de bergère

    carnet de bergère

    carnet de bergère

     

    carnet de bergère-1

     


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